Né le 10 juillet 1928 à Paris
décembre 1943, il entre à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de
Paris où il ne restera que deux ans.
Ensuite,
il travaille seul.
Lauréat
du Prix de la Critique en 1948,
ex-aequo avec Bernard Lorjou.
Il
obtient en 1955 la première place au référendum organisé par la revue
Connaissance des Arts désignant les dix meilleurs
peintres de l'après-guerre.
Elu
à l'Académie des Beaux-Arts en 1974.
Il
expose à Paris, chaque année, depuis 1947.
A partir de 1952, ses expositions auront les thèmes suivants:
|
1952- La Passion du Christ 1953 - Paysages
1954
-
Intérieurs
1955
-
Horreur de la Guerre
1956
-
Le Cirque
1957
-
Paysages de Paris
1958
-
Jeanne d'Arc
1959
-
New York
1960-
Les Oiseaux
1961-
Portraits d'Annabel
1962-
La Chapelle de Château l'Arc
1963-
Venise
1964-
Le Muséum de Bernard Buffet
1965
-
Les Ecorchés
1966-
Femmes déshabillées
1967-
La Corrida
1968-
Les Plages 1969- Eglises de France
1970-
Châteaux de la Loire 1971- Les Folles
1972
-
Danièle et Virginie
1973
-
Les Bateaux
1974-
Paysages
1975
-
Paysages
1976
-
Paysages de neige 1977 - L'Enfer de Dante 1978 - La Révolution Français |
1979-
Les Fleurs
1980
-
Nus
1981
-
Le Japon
1982
-
Autoportraits
1983
-
Paysages
1984
-
Petits formats
1985
-
L'automobile
1986
-
Les Pays-Bas
1987-
Vues de Venise
1988
-
Sumo et Kabuki
1988-
Natures mortes
1989-
Don Quichotte
1990-
Vingt Mille lieues sous les mers
1990-
La Bretagne
1991-
Vues de New York
1991-
Souvenirs d'Italie
1992-
Les clowns musiciens
1992-
Saint-Pétersbourg
1993
-
L'Empire ou les plaisirs de
la guerre
1993
-
Promenade Provençale
1994
-
L'Odyssée
1995
-
Les sept péchés capitaux 1996 - Pékin
1997
-
Régates
1998
-
La maison
1999
-
Mes singes 2000- La mort |
Il
a
fait de nombreuses expositions particulières à l'étranger, notamment à New
York, Chicago,
Palm Beach, Montréal, Vancouver, Tokyo, Osaka, Johannesburg, Londres,
Amsterdam, Bruxelles, Berlin, Varsovie, Bâle, Zurich, Genève, Rome, Venise,
Milan, Madrid.
D'importantes
rétrospectives de ses oeuvres ont été organisées 1958 - à Paris, à la Galerie Charpentier
1958
- à Berlin, à l'Institut Français
1959
- à Knokke-le-Zoute, au Casino
1963
- à Tokyo, à Kyoto, au Musée d'Art
Moderne
1969
- à Colmar, au Musée d'Unterlinden
1977
- à Wieger Deurne (Hollande) au
Gemeentemuseum 1978 - à Paris, au
Musée Postal
1985
- à Toulouse, au Réfectoire des
Jacobins
1987
- à Tokyo, au Musée Odakyu
1991
- à Moscou, au Musée Pouchkine
1991
- à Saint-Pétersbourg, au Musée de
l'Ermitage
1991
- à Séoul, au Musée Hyundai
1993
- à Ornans, au Musée Gustave
Courbet
1994
- à Kassel, à la documenta-Halle
1995
- à Tokyo, au Musée Odakyu
1996
- à Kaoshiung, Taiwan, au Musée des
Beaux-arts
Bernard
Buffet a fait don au Musée du Vatican des
tableaux qu'il a peints en 1961 pour décorer la chapelle de sa propriété de
Château l'Arc.
Un
Musée BERNARD BUFFET
a
été fondé en 1973 à Surugadaira au Japon.
Il
a illustré les ouvrages suivants :
Les Chants de Maldoror,
de
Lautréamont, 1952
Recherche de la Pureté,
de
Jean Giono, 1953
La Passion du Christ,
1954
La Voix Humaine,
de
Jean Cocteau, 1957
Les Voyages Fantastiques,
de
Cyrano de Bergerac, 1958 Saint-Cast, poème
de Baudelaire, 1962
Toxique,
de
Françoise Sagan, 1964
L'Herbier,
de
Louise de Vilmorin
Mon Cirque,
1968
Jeux de Dames,
poèmes
de Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, 1970 L'Enfer,
de Dante, 1976
La Révolution Française,
1977
Saint-Tropez,
d'Annabel,
1979
Le Voyage au Japon,
d'Annabel,
1981
Il
a réalisé les décors:
Concours des Jeunes
Compagnies,
1948
La Chambre,
de
Georges Simenon pour les Ballets de Roland Petit, 1955 Le Rendez-Vous manqué, de Françoise Sagan, 1955
Patron,
de
Marcel Aymé, 1959
Carmen,
de
Georges Bizet pour l'Opéra de Marseille, 1962
Le Grand Cirque
de
Katchaturian et Istar de Vincent
d'Indy, chorégraphie par Serge Lifar, Opéra de Paris, 1967
La Valse,
de
Maurice Ravel pour l'Opéra-Comique, 1970
En
1978, un timbre de trois francs, l'Institut
et le Pont des Arts, a été - émis par
l'Administration des Postes d'après une maquette dessinée par Bernard Buffet.
En
1991 un timbre de 25,70 francs, Piste de
la Terre Adélie, a été émis par l'Administration des Terres Australes et
Antarctiques Françaises d'après une maquette dessinée par Bernard Buffet.
Bernard
Buffet est Officier de la Légion d'Honneur et Officier des Arts et Lettres.
Bernard
Buffet a mis fin à ses jours dans sa propriété Le Domaine de la Baume à
Tourtour dans le Var, le 4 octobre 1999
BERNARD
PAR ANNABEL
Qui
est Bernard Buffet ? Tracer son portrait en quelques pages afin que le
connaissent mieux ceux qui verront cette exposition, telle est la tâche qui m'a
été confiée. N'étant pas écrivain
d'art, je laisse à ceux dont c'est le métier le soin de présenter son oeuvre
pour consacrer ces lignes à l'homme sans qui elle ne serait pas.
Mon seul regret est d'avoir à être brève car la forte personnalité et
les multiples facettes du caractère de Bernard se prêtent mal au résumé.
Avant
d'aller plus loin il me semble essentiel de situer ce que représente la
peinture pour Bernard et surtout la manière dont il l'aborde.
J'aurais préféré pour ce faire user de mots à lui.
Mais ces mots-là sont rares car s'il accepte volontiers de converser de
la vie en général, il répugne le plus souvent à discourir de l'art tel qu'il
le pratique. Un art dont il affirme qu'il a son propre langage, universel
de surcroît et n'a donc nul besoin d'être expliqué, une conviction qui n'a
rien d'une boutade propre à éluder des questions indiscrètes car à la maison
comme ailleurs ce sujet est pratiquement tabou.
Le mystère de la création ne peut être percé car il est garant de la
sincérité de l'artiste. Bien
entendu ce silence ne concerne que son travail personnel et notre goût commun
pour l'art veut que nous en parlions fréquemment.
Bernard
a une connaissance très étendue de ce domaine qui l'intéresse plus que tout
autre, aussi que ce soit au retour d'un musée, ou au détour d'un livre,
lorsque j'ai rencontré un tableau, une sculpture dont je désire savoir
davantage j'abuse de sa culture qui m'a beaucoup appris.
Ce sont ces dialogues passionnés et passionnants qui m'ont donné la clé
du mutisme qu'il oppose aux indiscrets. Aux
justifications plausibles qu'il avance pour défendre son mépris du bavardage
inutile s'ajoute une indicible pudeur. J'en ai pour preuve une aventure survenue à son ami Vlaminck
que Bernard m'avait raconté il y a longtemps et qu'il cite encore souvent
mi-rieur, mi-admiratif. A l'écrivain
Georges Duhamel, qui insistant pour obtenir l'autorisation de le regarder
peindre, Vlaminck avait répliqué vertement: « Vous invitez les gens au pied
de votre lit quand vous faites l'amour ? » Une anecdote, anodine à première
vue et qui ne tient son importance que parce que Bernard en a fait un aveu.
Pour lui, comme pour Vlaminck c'est bien d'amour qu'il s'agit.
A
l'inverse de l'écrivain qui s'immerge dans une rigoureuse introspection,
muselle ce qui pourrait entraver sa logique et cisèle ses mots pour exprimer
clairement une pensée strictement intellectuelle, le peintre fuit l'analyse,
refuse le cérébral, se dépouille des obstacles susceptibles de brider
l'instinct. Bernard nourrit sa
toile de ses sensations, de ses émotions intimes tant physiques que morales ;
ignorant l'acquit pour se laisser guider par l'inné, il s'abandonne à une
sensualité spontanée.
Qu'on
ne s'y trompe pas. Je ne cherche
pas à faire des phrases romanesques et encore moins à forger une légende, je
peux avouer sans fausse honte avoir été parfois jalouse de cette redoutable
rivale. Bernard est entré en
peinture comme on entre en amour. Il
peint comme on crie, comme on griffe, comme on pleure, comme on chante, comme on
caresse. La peinture est en lui si
vivante, si omniprésente que j'en suis arrivée à lui donner un visage afin de
pouvoir aimer celle avec qui je suis condamnée à cohabiter.
Est-elle sa mère, son enfant, sa maîtresse ? Leur lien est
indissoluble. Elle est sa raison d'être.
On ne peut aimer l'un sans l'autre.
Détourner Bernard de son atelier serait un meurtre.
Bernard est peintre avant tout. Il
l'a toujours été et seule la mort décidera de l'heure de son repos.
Ceci
étant revenons au concret. On a
beaucoup brodé sur la jeunesse de Bernard, ce qui n'a guère d'intérêt comparé
à la réalité telle qu'il l'a vécue. Qu'à
treize ans, il ait bravé le couvre-feu pour fréquenter le cours du soir de
dessin de la place des Vosges, qu'à quinze ans il soit entré à l'Ecole des
Beaux-Arts n'empêchent pas que, comme pour des milliers d'enfants européens,
la guerre ait souillé son adolescence. Déjà
meurtri par tant d'horreur, il subit à l'instar de sa génération les deux années
de révélations atroces qui succèdent au silence des armes.
Combien d'enfants, de jeunes gens à travers le monde entier ont-ils été
marqués d'une incurable blessure en apprenant ce dont leurs aînés s'étaient
rendus coupables. Je l'ignore tout
en craignant qu'ils furent nombreux. En
chacun d'entre-nous selon nos sensibilités respectives, cet enfer a gravé les
traces de la douleur. Pour Bernard,
écorché vif par la bassesse, la délation, la lâcheté, le choc est
foudroyant et cette période sera décisive au seuil de son entrée dans le
monde des adultes. Il ne l'oubliera j amai s et sort de cette crise profondément
pacifiste. Dès lors les grands
traits de son caractère sont forgés et s'il évolue au fil des ans il ne
changera pas. Depuis il ne cesse de
dénoncer la violence, de fustiger la cruauté sous toutes ses formes.
Il nous impose les images de la misère morale.
Des personnages décharnés par le remords plus que par la pauvreté
qu'il peignait à dix-neuf ans, aux damnés de l'Enfèr
de Dante auxquels il nous confronte aujourd'hui, il est resté le même.
Il brûle de la même flamme, de la même énergie que Lejeune homme
d'alors et traque sans merci ceux qui oseraient oublier ce que la cupidité et
le goût du pouvoir ont fait de l'humanité.
A
côté de ce combat constructif, il se bat en secret contre une séquelle née
au cours de ces mêmes années et devenue chronique l'angoisse.
Peut-être aurait-il vaincu ce mal pernicieux si un chagrin, intime
celui-là, n'avait dévasté ses quinze ans.
Sa mère, après lui avoir fait le plus beau cadeau qui soit en lui
prouvant jour après jour l'existence de l'amour absolu, meurt.
Grâce à elle il a eu une enfance irradiée de bonheur.
Amputé par son départ, il se mure dans une farouche solitude,
individualiste, travailleur forcené, il se préserve d'une société dont il se
méfie et se consacre tout entier à son oeuvre.
Si la solitude physique est essentielle à l'artiste, la solitude
affective est pour lui comme pour tous synonyme de stérilité.
Une tare qui ne l'atteint pas car il veille sur la flamme allumée au
plus profond de son âme par sa mère. Jamais
il ne laissera s'éteindre la tendresse, la gaieté qu'elle a semées en lui et
qui sont le feu auquel il se réchauffe. Cet
incomparable amour matemel dans lequel il a planté ses racines a prolongé à
l'infini l'enfance qui est en lui.
Aujourd'hui
encore le moindre plaisir, la plus petite attention font briller d'enthousiasme
les yeux du jeune garçon qui sommeille en lui.
Bernard a ainsi bâti sa vie sur deux rails qui sont d'une part le besoin
sans cesse renaissant de créer et d'affirmer sa foi dans un possible bonheur et
d'autre part la lutte impitoyable envers ceux qui ont inoculé à des générations
successives une anxiété latente.
Cette
dualité fait de Bernard un être insaisissable pour qui ne le connaît pas et
fantasque pour ses amis le plus souvent surpris par ses imprévisibles
changements d'humeur. Il passe avec
une aisance de funambule d'une tranquille sagesse à une virulente ironie, du
rire insolent à force d'être joyeux à une silencieuse concentration.
Le plus étonnant demeure cependant ce que je qualifierais de dédoublement
de sa personnalité. L'homme dont je partage les loisirs existe en marge du
peintre. Je n'irai pas jusqu'à prétendre
qu'il se comporte comme tout un chacun parce qu'il ne ressemble à personne mais
il est indiscutablement de plain-pied avec ses enfants comme avec moi.
Et
puis soudain l'autre Bernard survient et met fin à cette récréation.
Oui l'autre, le peintre, celui qui me quitte pour gagner cette autre planète
qu'est son atelier.
Celui
qui peint sans relâche, le mystique, le combattant, l'homme qui n'a d'autre
juge que lui-même, qui veut que chacun décide de son sort, qui prône
l'individualisme. Celui qui clame
sa fierté de n'être qu'un manuel, qui jour après jour peaufine son ouvrage,
qui respecte son travail comme un don de l'au-delà dont il est redevable.
Si
j'aime l'homme avec qui je vis, je respecte et j'admire le peintre.
L'énergie qui émane de toute sa personne, le perpétuel renouvellement
de sa créativité, la fidélité à son idéal, la force physique et le courage
moral qu'exige l'accomplissement de l'oeuvre titanesque qu'il a entrepris font
de lui un être d'exception. Je m'émerveille de ce que le succès n'ait pas entamé sa quête
de perfection. Bernard n'est ni
modeste, ni prétentieux. Parfaitement
conscient de ce qu'il a fait et de ce qui lui reste à faire, il ne nie pas la
satisfaction du chemin parcouru mais se tourne résolument vers le but qu'il
s'est fixé.
Ni
le bonheur, ni l'âge, ni la réussite n'ont pu réduire au silence cet éternel
révolté. Jusqu'à son dernier
souffle il peindra son refus de l'injustice, son horreur de la guerre, sa foi en
l'homme... Témoin de son temps aujourd'hui comme hier, amoureux de la nature,
gourmand de bonheur quotidien, infatigable et obstiné Bernard Buffet vit pour
celle à qui il s'est donné, pour celle à qui il voue un indicible amour: la
peinture.
30 octobre 1989.
PIERRE
DESCARGUES
Préface
du catalogue de la première exposition de
Bernard
Buffet en 1947.
Il
est
question ici d'une jeunesse pour qui peindre n'est pas une habitude matinale ou
nocturne, mais une passion, une passion qui met la vie en jeu à chaque instant.
Pour elle, la vie, la mort ne sont pas sujets de tableaux.
La jeunesse n'a que faire des allégories.
Bernard Buffet peint comme s'il allait renoncer demain à tout art quel
qu'il soit, c'est-à-dire changer de vie ou cesser de vivre.
Cette pureté extraordinaire, pureté dans l'amour, pureté dans la
haine, pureté qui s'anime d'un talent invisible mais déchirant comme une pensée,
comme un cri, nous savons qu'il y a un public pour la reconnaître.
Il
y a des hommes pour accepter d'entrer dans l'univers cruel, brutal, cet univers
de tous les jours que le peintre décrit avec une passion intense.
Il y a des hommes qui connaissent cette tristesse violente, cette volonté
de se battre corps à corps avec un monde certes haïssable mais dont on ne
saurait se défaire tant il vous colle au corps.
«
Je m'efforce de ne plus penser pour vivre » m'écrivait un jour Bernard Buffet.
Sait-on quelque parole marquant un plus grand désir d'exister que
celle-ci malgré l'indifférence quoditienne ?
Chacun de ces tableaux est une victoire sur soi-même et sur notre temps.
Une telle définition, si vague soit-elle, apparaît toujours comme un
signe de grandeur.
Elle
garantit l'avenir, la lucidité sans cesse présente du peintre.
LOUISARAGON
L,e
paysage a quatre siècles et Bernard Buffe4 vingt-quatre ans, Les Lettres Françaises,
n- 453454,19 et 26 février 1953.
L'apparition,
à l'orée de 1953, d'un peintre de paysages, dont on peut dire qu'il prend rang
à la suite de la grande lignée des Boudin et Claude Monet, est un événement
qu'il faut savoir souligner, même si, touchant Bernard Buffet, unjeune homme de
vingt-quatre ans, qui n'est pas un nouveau venu à la peinture, mais dont la maîtrise,
à mon sens, s'affirme ici vraiment, tant dans la douzaine de toiles exposées
chez Drouant-David, que dans les dessins de la galerie Visconti, une telle
affirmation risque d'être contestée, taxée d'exagération.
Il faut oser placer, dès leur naissance, les valeurs de la peinture à
la grande lumière de l'histoire et des maîtres...
JEAN
GIONO
de
I"Académie Goncourt
Bernard Buffet,
Editions
Hazan, 1956.
J'avoue
que je suis quelquefois comme un personnage de Bernard Buffet.
Il a surpris l'instant où l'esprit ne se fait plus chair, où la passion
dévore tout, où il n'y a plus d'attitude ; l'instant où le personnage n'est
plus en représentation. Ce que
d'aucuns appellent : triste, mais qui est l'expression d'une vérité pure et
simple, d'un fait, d'un état d'âme. Le
chasseur d'Altamira qui dessinait ses bisons, sans doute pour les convaincre de
venir s'abattre à ses pieds sous ses flèches, n'y mettrait pas plus d'ésotérisme.
Imaginez les personnages de Bernard Buffet : ses lampes, ses bouquets,
ses couteaux et ses fourchettes, ses chaises et ses lits de fer peints sur les
murs de nos cavernes (et ils le sont), dans vingt mille ans on jugera leur
rigueur d'un art inimitable.
On
entend par contre des gens parler qui n'ont rien à dire.
Ils font des phrases. Ils
finissent par considérer que tout est dans la phrase.
De là à tout mettre dans les variations de la phrase il n'y a qu'un
pas. Dans cette voie on ne s'arrête plus (du moment qu'on est en
train de ne rien exprimer du tout avec le plus de choses possibles) et l'on
finit par parler un langage qu'on est seul à comprendre « après Dieu »
dit-on. Mais, brouiller les éléments
constitutifs d'un visage, d'un corps, n'est qu'un divertissement de riche
Anglais oisif. C'est à peine de
quoi tuer le temps. En attendre
merveille, me paraît donner trop belle la part au hasard et, au surplus, être
une solution de facilité. Je sais
très bien qu'un rapport de couleur se suffit à lui-même, comme un rapport de
son. Mais l'oeil est, par
destination, l'organe chargé de porter à notre esprit la forme extérieure des
êtres et des choses matérielles : la figure puisqu'il faut l'appeler par son
nom. Supprimer la figure c'est
vouloir transformer l'oeil en oreille. Je
ne vois pas ce qu'on y gagne sinon en confusion.
Je suis souvent réjoui par un simple rapport de couleurs.
Il y en a dans les belles cravates.
Mais, dans une peinture, si le noir est en forme de cheval de Tarquinia,
le rouge et l'ocre en forme de cavalier étrusque, mon plaisir est plus vif.
Quand il n'y a pas de figure, comme il faut bien qu'il y ait quelque
chose sur la toile, on exagère la couleur.
Non seulement il y a l'élémentaire mais toutes ses variations.
Or, en réalité, j'en vois peu de couleurs ; même dans le Charolais.
Je ne vois pas tout le blanc de la neige quand elle recouvre tout.
Je ne vois ce blanc qu'à l'endroit où il touche la silhouette d'un
arbre, le quadrillage d'une clôture, le noir d'une empreinte de pas.
J'ai du monde une vision qu'on pourrait dire sobre et élégante (ce
qu'ont très bien compris les Japonais). Bernard
Buffet respecte cette sobriété et cette élégance (à quoi je suis obligé
puisque je vois par mon oeil et que je ne peux pas voir par mon oreille).
Dans un de ses paysages de banlieue, avec un canal et un pont, c'est sous
le pont qu'il place la petite tache de verdure que font les peupliers et les
bouleaux dans la perspective du canal. Là,
cette couleur évoque toute la profondeur du paysage, le calme des eaux avec une
légèreté de touche comparable à la légèreté de touche de certains Corot
(notamment ceux de Londres). Elle
est seule, et je crie au miracle car, l'ardoise du toit de la maison style
Exposition Universelle qui est à gauche, je n'ai besoin de personne (et surtout
pas du peintre) pour en voir la couleur. Je
n'ai besoin que de sa forme. De même
pour le bleu industriel du pont, je n'ai besoin que de la forme du pont; sa
couleur est tellement commune que la forme ne la suggère pas assez.
J'en vois assez. Je jouis
sans mélange de rapports où il m'est laissé la liberté de mettre moi-même
la dose. C'est encore plus sensible dans une rangée de façades de
maisons de pêcheurs où le blanc le plus simple et le gris le plus discret
donnent, juxtaposés, la plus étrange lumière.
Celle même des soirs à crachins quand le soleil n'est voilé que par
quelques mètres d'épaisseur de nuages mais qu'il pleut.
Il n'y a pas de couleur, tout est coloré.
La vérité est si criante que le rapport des couleurs nous réjouit sans
que les couleurs y soient. C'est
pourquoi je parlais des Japonais. J'ai
eu cent fois envie de voler des tableaux de Bernard Buffet.
Il y a un port de La Rochelle où tout (et l'esprit, et Dieu sait si
l'esprit d'un port ... ) est exprimé par cette faculté de suggestion, par cet
art élégant et sobre et qui sollicite le plus secret de mes sensations avec la
plus extrême courtoisie.
GEORGES SIMENON
Bernard
Buffet,
Editions Les Cahiers de la
Peinture, 1958.
Mon
cher Buffet, si je choisis la forme d'une lettre personnelle, c'est qu'il me parîcit
outrecuidant, lorsqu'il s'agit d'un homme dont la légende s'est emparée
probablement plus que d'aucun autre artiste d'aujourd'hui, d'écrire une préface
ou une présentation. Nous n'avons
jamais, au cours de nos rencontres, parlé peinture ou littérature, et nous
avons trop de pudeur l'un et l'autre pour échanger des confidences.
Je
pense pourtant que je connais assez bien l'homme que vous êtes, et c'est
pourquoi je ne tremble pas trop pour votre équilibre quand je lis tout ce qui
s'écrit sur vous et sur votre oeuvre et quand "assiste à l'espèce de dépeçage
systématique de votre personnalité, comme si les gens espéraient, par une
psychanalyse plus ou moins subtile ou féroce, atteindre le noyau, obtenir la révélation,
en une phrase précise, de ce qui fait de vous l'artiste que vous êtes.
C'est
à peine si vous paraissez conscient de la rumeur qui vous entoure et vous
gardez ce sourire voilé, intime, qui est votre marque.
M'est-il
seulement arrivé de vous dire mon admiration ? Vous aije dit que je vous considère
comme un des peintres les plus authentiques de notre époque et comme un artiste
complet ?
Je
le savais déjà pour avoir rencontré vos oeuvres de par le monde, mais je l'ai
mieux compris lorsque, à la Galerie Charpentier, j'ai pu suivre, année par année,
le déroulement de votre effort sur la cimaise.
J'ai
su, que jamais l'idée ne vous était venue, comme tant d'autres, de choisir un
genre, une originalité, une technique, encore moins une « personnalité »,
que vous n'avez suivi aucune mode et que, si vous peignez comme vous le faites,
c'est qu'il vous serait impossible de peindre autrement.
Vos
premières toiles sont éloquentes, car elles révèlent, chez l'adolescent à
peine conscient de lui-même, une vision du monde qui est bien la sienne, qui le
restera, qu'il imposera peu à peu aux autres, dont il enrichira les autres.
Cela
paraît tout simple, tout naturel, n'est-ce pas, et pourtant combien, parmi ceux
qui peignent, qui écrivent, qui se consacrent à un art, le font uniquement,
sincèrement, parce qu'ils ont besoin de s'exprimer ?
Vous
ne nous avez apporté aucune théorie. Vous
n'avez pas menacé de brûler le Louvre. Vous ne défendez aucune formule.
Connaissez-vous seulement la vôtre ?
Votre
outil, vous l'aviez en main dès les premiers jours et vous n'avez fait ensuite,
peu à peu, en artisan qui apprend son métier, que l'assouplir afin de le
rendre plus apte à dire ce que vous avez à dire.
On vous a reproché de trop peindre, comme si on vous reprochait de trop
respirer, et on a oublié l'oeuvre monumentale des artistes de la Renaissance et
de toutes les époques.
On
vous a même reproché votre âge, oubliant toujours l'Histoire, Raphaël
peignant le Couronnement de la Vierge à vingt ans, Michel-Ange son Bacchus Ivre
à vingt et un et sa Pieta à vingt-trois ans, Véronèse couvrant, à
vingt-trois ans aussi, les murs des palais.
Aux yeux de certains, vous êtes une sorte de monstre parce que découvrant
le cirque, les rues de Paris ou Jeanne d'Arc, vous vous efforcez, d'une haleine,
d'aller jusqu'au bout de votre obsession. Ce
mot-là, mon cher Buffet, il est bien entendu que je ne l'emploie pas dans le même
sens que ceux qui veulent, coûte que coûte, découvrir une explication à ce
qui les dépasse.
Vous
êtes seul, comme nous le sommes tous, au centre d'un univers plus ou moins
hostile, plus ou moins étranger et effrayant, qui n'est pas le même pour
chacun.
Mais,
votre univers à vous, nous avons le privilège de le connaître, d'y pénétrer
en familier, en ami.
Peu
importe que ce soit par altruisme que vous nous fassiez ce don ou faute de
pouvoir en garder le poids pour vous seul.
Nous en jouissons quand même.
J'aime
votre silhouette timide et votre visage de grand garçon toujours un peu effrayé
de se heurter aux angles trop durs des objets.
J'aime vos silences pudiques et toute la ferveur que vous laissez
quelquefois filtrer dans un regard.
J'aime
et j'admire votre oeuvre, mon cher Buffet parce qu'elle est d'un très grand
peintre et qu'elle vous ressemble.
Excusez-moi
d'en avoir si peu dit, de l'avoir si mal dit, et croyez-moi votre ami.
GEORGES
HOURDIN
L'Enfer et le Ciel de Bernart
Buffet
Les
éditions du Cerf, 1958
Très
peu d'artistes ont parlé dignement du malheur, si tant est qu'ils aient songé
à le faire. C'est un sujet peu goûté
et peu choisi. Il est réservé à
quelques-uns. Homère, dans
l'Iliade, Shakespeare dans certaines de ses tragédies, Dickens dans plusieurs
de ses romans, Rouault dans plusieurs de ses peintures, Rembrandt dans son
oeuvre gravé, Goya dans ses dessins, ont su aborder ce thème central qui est
bien différent de celui des passions humaines.
Le malheur est réservé aux seuls initiés, à une élite d'artistes qui
ne se sont pas fiés aux apparences et qui, lorsqu'ils sont allés plus profond,
ont choisi de ne pas se plaindre, de ne pas détourner les yeux et pourtant de
ne pas faire silence. Bernard
Buffet fait partie de ce petit troupeau.
FRANÇOIS
MAURIAC
de
l'Académie française,
Nouveau Bloc-note,
2
février 1962.
Mais
le lendemain de cette soirée au théâtre, je suis entré dans une galerie de
peinture, avenue Matignon. Je déteste
parler peinture: toutes les notions sont brouillées par le conformisme
d'avant-garde, qui est le pire. Quelle
sera la place de Bernard Buffet ? Je l'ignore, mais je sais, depuis qu'un Agneau
dessiné par lui est accroché dans la chambre où je travaille, que ce jeune
peintre a rencontré un jour sur sa route un homme écrasé par une croix et
qu'il l'a suivi de loin (comme nous faisons tous, nous qui le suivons).
Les
autres peintres, presque tous les autres, ont décoré leur chapelle, ils ont
couvert les murs de formes vides. Bernard
Buffet a peint quelqu'un qu'il connaît, qu'il a toujours connu, qu'il
discernait déjà dans chacun des corps misérables qu'il a fixés sur la toile
et qui paraissent tous arrachés à des supplices, descendus de toutes les croix
dressées par une époque immonde - mais non encore de la vraie Croix.
Et maintenant, c'est fait.
Telle
est la vie de Paris qu'un vieux croyant de mon espèce va demander à Bernard
Buffet la clé de la pièce qu'il a vu jouer la veille au soir à l'Atelier,
comme s'il y avait un lieu entre les folles et les fous de Félicien Marceau et
le Fils de l'Homme vu par ce peintre insolemment figuratif.
MAURICE
DRUON
de
l'Académie française,
Bernard Buffet,
Editions
Hachette, 1964.
Bernard
Buffet est l'un des rares artistes de ce temps- l'un des rares et peut être le
seul après Picasso, le monstre ancestral, le magicien, le démiurge
omnipuissant - qui par, l'exercice de l'expression picturale, ait pris rang
permanent au nombre des vedettes.
Souvent
on a voulu voir dans la précocité la cause de cette exceptionnelle renommée.
Certes, Buffet fit sa première exposition à vingt ans, et il eut à
trente une « rétrospective », comme on n'en organise généralement que pour
les morts ou les presque mourants. L'adolescent
prodige exerce toujours un pouvoir de fascination.... Voilà dix ans qu'on
annonce périodiquement que Buffet est en perte de vitesse, qu'il tombe, qu'il
est tombé. A tomber depuis si
longtemps, on ne devrait plus l'apercevoir !
On
dit aussi qu'il peint en série. Mais
que faisaient Bellini, sinon des séries de Madones, et Tiepolo, sinon des séries
de gondoliers et des séries de ciels ?
On
dit qu'il se prostitue parce qu'il accepte de faire ce dessin en quatre traits,
qui parocit si simple mais que personne ne peut égaler, pour une affiche, un
programme, une étiquette. Probablement
Cellini se prostituait à. modeler une salière, Puget à sculpter des proues de
navires, et Le Bernin à dessiner cette coquille qui, reproduite jusqu'à nos
jours, étincelle, toujours neuve, à la vitrine des argentiers.
Si
les marchands de films, qui sont en notre temps les vrais marchands de gloire,
en sont venus à demander à Buffet des panneaux-annonces au-dessus des cinémas,
c'est qu'ils savent qu'un trait de Buffet frappe la foule aussi sûrement qu'un
visage de star. Buffet est dans la
rue ; son art est populaire ; on le reproduit en cartes postales et en cartons
de Noël.
Les
gens se plaisent à déclarer, d'un ton important: « J'aime Buffet, je n'aime
pas Buffet. » Il y en a aussi qui aiment la mer et d'autres qui aiment la
montagne... Ce sujet de discussion pour fin de dîner est un peu dépassé.
Buffet existe, il est aux cimaises des musées ; il y restera.
Son époque peut encore le discuter ; elle ne peut plus le renier, ni même
déjà être séparé de lui.
Toutes
les fonctions, toujours, doivent être tenues, et celle du grand peintre, comme
celle du grand acteur, ou du grand dramaturge, échoit au meilleur relativement
à son temps.
Le
dessin, le graphisme de Buffet sont désormais inscrits dans le tracé des deux
dernières décennies; sa vision personnelle des êtres et des objets s'est
communiquée à la multitude. Lorsque
celle-ci, à présent, regarde un visage ou une cathédrale, elle y reconnaît
ces lignes étirées, cette angulation des composantes, ce squelette des formes
que Buffet distingue à la surface de la matière et qu'on ne semblait pas
remarquer avant qu'il les mît, ou les remît en lumière.
Il a modifié quelque peu la rétine de ses contemporains, assez pour les
obliger d'apercevoir, dans les aspects du monde, certains rapports oubliés
depuis les anonymes qui dessinèrent les fresques de Byzance.
Et cela vaut bien qu'on l'appelle : Monsieur Buffet.
JEAN
DUTOURD
de l'Académie française, De
la peinture,
mars
1970.
De
même que les jeunes écrivains apprennent à écrire, lisant inlassablement les bons auteurs, de même les jeunes
peintres apprennent bien davantage leur métier dans les musées qu'en écoutant
les conseils et les enseignements de leurs maîtres, gens consciencieux, certes,
mais dont la conception de l'art est devenue singulièrement étroite.
Il est fort à craindre que ceux que l'on appelle les « maîtres
contemporains » ne soient en réalité que des « maniéristes », capables
d'enseigner les vieilles recettes du métier, mais susceptibles aussi de nuire
considérablement par leurs doctrines saugrenues.
On voit mal quel bénéfice ou quel enrichissement peut retirer un jeune
peintre de ces aînés, arrivés, après cent années de raffinements
successifs, à l'extrême pointe (ou au fond de l'impasse) de la décadence
artistique. Tout désordre et toute
anarchie en matière d'art, comme en politique, finissent pas susciter une révolte
ou, si l'on préfère une réaction.
Ces
réflexions m'ont été inspirées par une interview du peintre Bernard Buffet
dans une revue d'art. Buffet semble
avoir été entraîné dans le classicisme par la réaction normale que provoque
le spectacle généralisé de l'incohérence.
Il indique lui-même le nom des alliés qu'il s'est choisis dans sa lutte
contre la peinture moderne : ce sont Courbet, Carpaccio et les sculpteurs
romans. Ce choix est excellent, on
le voit tout de suite : Courbet et Carpaccio sont deux grands peintres, mais non
pas des génies complets et inégalables, comme Rembrandt ou Raphaël, ils
laissent à celui qui les étudie « quelque chose à trouver ». De même les
sculpteurs romans, qui marquent un début, qui ouvrent une voie, qui ne sont pas
un accomplissement.
Ce
qui est intéressant dans le cas de Buffet, c'est qu'il est arrivé au milieu de
la peinture fatiguée et discoureuse de son temps (où, presque toujours, les théories
remplacent le métier et les doctrines l'inspiration) comme un homme primitif à
la fois savant et naïf, nourri de traditions anciennes et totalement imperméable
à toute espèce d'intellectualisme. Il
fait en moyenne une grande exposition par an et, ce que l'on n'avait pas vu
depuis les grands peintres du passé, il la consacre toute entière à un sujet
: les Horreurs de la Guerre, Paris, le Cirque, la Vie de Jeanne d'Arc, Venise,
etc... Dans notre siècle de petits appartements où seuls, disait-on les
tableaux de chevalet avaient une chance de se vendre, il couvre des toiles
gigantesques, comme Véronèse ou Rubens. Ces
toiles sont pleines d'êtres humains, d'arbres, de maisons, d'objets, groupés
selon les lois prouvées de la composition. Elles n'ont aucune « intention ». Elles se contentent de décrire
le monde tel que peut le filtrer une
conscience
et l'exprimer une main. Buffet,
comme les artistes d'autrefois, inscrit naivement un titre au bas de ses grandes
peintures : « Le Sacre de Charles VII à Reims » ou « Descente de Croix ».
Cela change de ces milliers de barbouillages que l'on nous donne à contempler
depuis trente ans, et que leurs auteurs seraient bien en peine d'intituler
autrement que « Peinture ».
Il
est beau d'entendre Buffet parler de son art.
Ce sont les propos d'un membre de l'Institut de l'année 1750 ou 1820.
Il tient le langage le moins romantique qui soit.
Lui demande-t-on selon quelles normes il juge les peintres et leurs
oeuvres, voici ce qu'il répond :
-
Le dessin et la composition. Un
peintre sait-il dessiner une main ou un pied ? Non ? Alors qu'il commence à
apprendre. Je refuse de confondre
les décorateurs et les fabricants de mosaïque pour salles de bains avec les
peintres. La qualité d'une oeuvre
c'est d'être reconnue. Le vrai
courage, pour un peintre, ce n'est pas de surprendre, mais de communiquer.
Le recours au sujet permet seul dejuger du talent, du métier, de l'art.
Un peintre qui ne sait pas dessiner une main, un pied, un visage, n'a
rien à voir avec la peinture. Si
je peins des bateaux sur la mer, je veux qu'ils flottent.
La
seule malchance de Buffet, si heureux autrement, a été sans doute, de naître
à une basse époque de la peinture. Lorsqu'il
a commencé à peindre, Bonnard était mort, Vuillard-était mort, et son propre
génie était trop fort pour les mains délicates qui restaient.
Il lui a manqué un maître. Il
le sait mieux que personne. On
songe à ce qu'il aurait pu être s'il avait eu le privilège, comme le Gréco,
d'être l'élève de Tintoret. Au
lieu d'être un peintre classique, il ne sera probablement qu'un peintre
primitif. Comme Cimabue, il est
obligé de redécouvrir. Au point de réalisation où il semble en être arrivé, on
ne peut que lui souhaiter, quand il sera devenu un vieux maître, de trouver un
disciple aussi doué que lui.
MAURICE
RHEIMS
de
l'Académie française,
Bernard Buffet graveur,
Editions
de Francony, 1983.