BIOGRAPHIE
de Walter SPITZER
Mon
cher Walter,
Très
jeunes encore, nous étions ensemble à Buchenwald.
Nous nous étions peut-être
rencontrés, mais je n'en suis pas sûr. Toi tu étais dans le grand camp, moi dans le
petit.
Tu
connaissais beaucoup de monde, moi non. Épuisé, vidé d'attente après la mort
de mon père, je ne me battais plus ; toi oui.
Te souviens-tu du ciel, de sa couleur grise, de son poids de plomb,
au-dessus des baraques ? Il m'arrivait d'y chercher un sens à tout cela.
Et maintenant, des éternités
après, je regarde tes tableaux, sculptures, je les
interroge, comme je t'interroge toi en essayant d'y
retrouverdes visages perdus, couronnés de cendre.
Paradoxalement,
je découvre dans ton art une force, une vie, proches de l'espérance.
Grâce à toi, Malraux et Kessel
nous font rêver, mais aussi agir : tu sais ajouter au verbe une dimension
autre. De même, ta manière
d'illustrer Le Cantique des Cantiques nous réconcilie avec le pessimisme désabusé
du vieux roi Salomon pour qui tout n'était que vanité des vanités.
Même l'amour. Et l'ambition. Et
la vie.
Ton art comporte-t-il
un " message " quelconque ? je crois deviner ta réponse
laissons les
messages aux moralistes, l'art peut fort bien s'en passer.
Et
pourtant, Walter. En créant, ou en
recréant un univers, ton univers à toi, n'est-ce pas une histoire inédite que
tu nous racontes ? Une histoire que l'adolescent en toi porte depuis ce temps
nocturne qui, en montrant l'homme dans sa pauvreté, dans son malheur surtout,
niait l'Histoire ? Toi, c'est avec les yeux qu'on t'écoute.
Tes toiles si riches d'émotion, tes gravures si délicates, c'est avec
le regard qu'on les saisit.
Devant
toi, devant les couleurs vives et les traces violentes qui t'abritent, l'on se
sent seul.
Pour mieux connaître ce que, par excès de pudeur
et de timidité,
tu dissimules.
Où situer chez toi la frontière séparant le vécu de l'imaginaire, le
temps de la prière de celui de la mort ? Comment cerner l'appel au bonheur des
vivants tout en restant habités par les cris des mourants ?
A
travers ton art évocateur, Walter, c'est toi qui interpelles l'homme qui frappe
à ta porte.
Tu
lui demandes s'il se souvient.
Et
grâce à toi, il répondra oui.
Elie Wiesel
Itinéraire
Né le 14 juin 1947 à Cieszyn en Pologne
1945
Walter Spitzer entre à l'École nationale supérieure des beaux-arts de
Paris
DECORS ET COSTUMES DE THÉÂTRE
1946
Projection lumineuse pour Le Livre
des Lumières Palais de Chaillot, Pari
1947
Décors pour La colline de la vie, (Tel Hal), pièce de Max Zweig Théâtre
Edouard VII Paris
1948
Décors du Dibbouk, pièce de Ansky, Théâtre Edouard VII,
1949
Décors pour La mort de Tarelki . ne, pièce de Souhovo Kobiline, Théâtre de la Huchette Paris.
1950
Exécution de décors pour La place
de l'Étoile de Robert Desnos D'après une maquette de Oscar Dominguez, Théâtre
des Noctambules
PRINCIPALES
EXPOSITIONS PERSONNELLES
1957
Galerie Monique de Groote, Paris et Bruxelles
1961
Marcel Sautier, Paris
1962
Galerie Romanet, Paris, préface joseph Kessel
1966
Galerie Drouant, Paris
Galerie Breckpot, Anvers
1967
Galerie Agora, Paris
1969
Galerie Breckpot, Anvers
1970
Litho Gallery, San Matéo, États-Unis
1970
Groupements culturels juifs, Paris
1971
Rolly Michaux, Boston, États-Unis
1972
Château Laversine, Oise
1975
Zalman Shazar Centre, Jérusalem
1981
Galerie du Perron, Genève
1983
Caisse Régionale du Crédit Agricole de la Somme
1985
Galerie Marcel Bernhelm, Paris
1986
Centre Rachi, Paris
1987
Musée d'Issoudun
1988
Conférence avec Projection "Témoignage par l'Art" Washington
Hebrew Congrégation à Washington D.C., États-Unis, suivie d'une exposition.
1989
Galerie Guigné, Paris
1991
Galerie Guigné, Paris
1997
Galerie C. Guedj, Lyon
1998
Mairie d'Issy-les-Moulineaux
1998 Centre d'Art Rachi, Paris
RÉALISATIONS
1980
" La Création du monde ", décoration murale, 16 in, résidence
de personnes âgées Ville de Paris (rue au Maire 75004 Paris).
1994
Réalisation du monument commémoratif de la Rafle du
Vel d'Hiv., Paris, commande d'État Inauguré par le Président François
Mitterrand le 17 juillet 1994
1994-95
" Le Déporté, dit Muselman ", bronze à la cire perdue, pour
le musée d'Art de Buchenwald, Inauguré dans le cadre de la rétrospective de
cinquante années de création de Walter Spitzer, à l'occasion de la célébration
du cinquantième anniversaire de la libération du camp de Buchenwald.
LIVRES ILLUSTRÉS
Aucassin
et Nicolette, les impénitents, 10 eaux-fortes.
André
Malraux, Oeuvres complètes romanesques, La
Condition Humaine, L'Espoir, Les Conquérants, La Vole royale, Le Temps du Mépris, La Tentation de l'Occident, Les
Noyers de l'Altenburg, Ed. Lidis,
Paris, 52 lithographies originales en couleur joseph Kessel, Le
Tour du Malheur, Ed. La belle
édition, 41 eaux-fortes joseph Kessel, Le
Lion, Ed. Lidis joseph Kessel, L'Équipage, Gallimard
Henry
de Montherlant, Le Chaos et la Nuit, Ed
Lidis, 8 lithographies originales en couleur
Henry
de Montherlant, Les Bestiaires, Ed
Lidis, 8 lithographies originales en couleur
Jean-Paul
Sartre, Les oeuvres complètes romanesques, Le Mur, La Nausée, Les Chemins de la Liberté,
Ed.
Lidis, 64 lithographies
jean
Dutourd, Au bon beurre, Ed.
André Sauter, 10 lithographies
Nikos
Kazantzaki, L' Odyssée, Ed.
Richelieu, 16 lithographies originales en couleur.
FILMS TV
1967
Entretien et exécution d'un tableau en 1 heure avec Pierre Sabbag pour
le lancement de
la télévision couleur
1973
Film de 30 minutes consacré à l'oeuvre de Walter Spitzer
Hier, une petite ville, réalisé par josy Elsenberg, TF1.
1983
Aujourd'hui la vie, Histoire du peuple juif en France", A2.
1988
The Art of the Holocaust, B.B.C.
1997
Walter Spitzer : Une Sculpture pour mémoire Réal.
Gad. Abittan.
La Vidéothèque de Paris.
2000
Film T.V. réalisé par M. S. Productions, The Art of Survival, 52
minutes, documentary
in association with The London Prod.Fund, Chanel 4 and Carlton Television.
PRIX
ET DISTINCTIOINS
1953
Prix du Salon de Montreuil-sous-Bois
1957
Grand Prix des jeunes peintres à la Nationale des Beaux-arts de Paris
Lauréat à la Biennale de Menton
Hors concours pour le Prix Galerie Drouant à Paris
1958
Prix au Salon d'Asnières
1983
Médaille d'argent de la Ville de Paris
1986
Chevalier de l'Ordre des Arts et Lettres
1989
Médaille Vermeille de la Ville de Paris
1993
Prix spécial pour Le Muselman, Buchenwald
BIBLIOGRAPHIE
1962
The Connoisse r, W.G. Strachan,
Londres.
journal d'une fabrication, par
Henri jadoux, pour l'édition des oeuvres romanesques complètes d'André
Malraux, Nouvelle Librairie de France.
1968
Grands peintres, Chagall, Robert
Martin, Hachette, Paris.
1969
The artist and the book 1 . n
France, W.J. Strachan, ed. Peter
Owen, Londres.
1975
Génie du judaïsme, Dr Beer,
Ed. Berger-Levrault, Paris.
1980
Centerpoint, The Holocaust, University
of New York, États-Unis.
1981
Art of the Holocaust, A Layla
Productions New York , États-Unis.
1982
Walter Spitzer, Collection
Artspectives, ed. junes et Fils, Paris.
Wbo's
Who 1 . n France, depuis 1970
Importante notice dans le Bénézit.
MUSÉES
ET COLLECTIONS PUBLIQUES
Bibliothèque
nationale, Paris
Musée
de la Résistance, Besançon
Musée
de la Guerre, Paris
Musée
d'Art et d'Histoire du judaïsme
Musée
d'Issoudun
Musée
de Jérusalem, Israël
Musée d'Eilat, Israël
Musée
Beit Lohâmel Haghetaot, Israël
Musée
Magnès, Cal., États-Unis
Musée
d'Art, Buchenwald
Victoria
and Albert Museum, Londres
Musée
du Petit Palais, Genève
PRINCIPALES
EXPOSITIONS DE GROUPE
1957
Galerie Drouant, Paris
1958
Palais des beaux-arts, Liège
1959
Musée d'Art moderne, Mexico
1961
Seconde Blénale de Paris
1964
Prints from the Mourlot Press Smithonien Institution, États-Unis
1965
Musée de la Guerre, Paris
Rimbaud illustré par 25 peintres, Galerie Falvart
1966
Scottish National Gallery of Modern Art
"The Artists and the Book in France", Écosse
1968
Estampes d'artistes contemporains, Moulin de Vauboyen
1969
Exposition internationale du figuratif, Tokyo
1971
Petit-Palais, Genève
1975
Galerie d'Art Matignon, Paris
" Autour de Chagall ", Galerie Vendôme, Paris
1977
André Malraux Chancellerie de l'Ordre de la Libération
1978
Exposition André Malraux, musée Idemitzu, Tokyo
1979
" Grands peintres juifs d'expression française ", Galerie Vendôme,
Paris
1979
" Résistance et déportation ", Musée de l'Ordre de la Libération,
Paris
1981
" La bible hébraïque dans l'art contemporain ", Salle du
Doyenné du syndicat d'initiative de Saint-Émilion
1982
Foire internationale d'art, New York
Exposition André Malraux, Langres
1988
Musée municipal de Tokyo
1990
L'École de Paris, japon
1994
" La survie par l'Art ", musée des beaux-arts, Reims
1996
Mairie de Boulogne-sur-Seine
1997
Galerie Élysée Matignon, Paris
1999
Exposition " Vie, Terreur, Esprit " à Buchenwald
2000
Exposition " Vie, Terreur, Esprit " musée national de Goethe
à Weimar
SALONS
Salon
de la jeune Peinture de 1954 à 1965
Salon
de la Jeune Gravure Contemporaine
Les
Peintres Témoins de leur Temps
Salons
d'Automne
La
Nationale des Beaux Arts
Comparaisons
REVUES,
HEBDOMADAIRES, JOURNAUX
Waldemar
GEORGE
Rachel KAPLAN
René
BAROTTE
Emmanuel HAYMANN
S.
BARAM
Patrice JOSSET
M.T.
MOUGIS
Guy DORNAND
Pierre
CABANE
Raphaël VALENSI
Freddy
EYTAN
Roger BOUILLOT
Ivan
LEVY
Robert
VRINAT
Leon
LENEMAN
Georges BOUDAILLE
Jean
BLOT
Claude
RIVIÈRE
Serge
MATHIS
Roger DADAOUN
Marcel
VAN JOLE
Ch.
E. GLEINY
jane
BIBERMAN
Robert MARTIN
PRÉFACES
Elle
WIESEL
Marc
AGI
Guy
DORNAND
Leon ABRAMOWICZ
Henri
JADOUX
André LAIGNEL
André
FLAMENT
Pr. PRAJS
Pierre
ROUANET
Cella GUEDJ
joseph
KESSEL
Daniel SIBONY
André
KEDROS
Dr. BEER
Youri
KOMEROWSKI
WALTER
SPITZER VU PAR LES ECRIVAINS.
«Ce
fut le coup de foudre.
Je
ne saurai nommer autrement l'émotion immédiate, entière, l'espèce d'envoûtement
bienheureux que j'éprouvai dès le premier instant où le premier tableau, pris
au hasard, s'offrit à moi... ... Et l'échange entre le tableau et celui qui le
regardait était d'une telle intensité qu'il les enfermait dans cette magique
solitude à deux qui est le privilège et le secret de l'art vivant. «Cela ne
peut pas durer», me dis-je, «c'est une réussite de chance, d'exception ».
... Oui, tout un monde naissait et se développait et prenait existence.
Un monde à la fois réel et fantastique, construit avec rigueur et
pourtant léger comme un conte avec ses enluminures d'Orient, ses nàivetés de
folklore, la crudité de l'étal, la vagabonde liberté des' nomades, les grâces
d'ûne noce villageoise. Un monde chaud, léger, éclatant, presque féérique mais
tenant solidement à la terre par la densité des champs et des pierres, la
tendre sensualité des chairs et un sens étonnant de l'humain ... ».
Joseph KESSEL
de l'Académie Francaise
Les
symphonies des couleurs et des formes de Spitzer communiquent l'émotion et la
nostalgie.
Son
chant s'élève à travers les combinaisons inépuisables des nuances, de leurs
juxtapositions imprévisibles, formant harmonies et dissonnances.
Ce
grand héritier de l'Ecole de Paris s'est créé un style propre, ses règles
personnelles de le distinguent entre tous. Son appropriation savante de l'espace
pictural, sa manière de poser les couleurs ne sont qu'à lui.
Travailleur
aux ressources inépuisables, Spitzer renouvelle sans cesse son art dans une démarche
féconde et enrichissante. Il évolue
sans cesse vers une liberté créatrice accrue, où il donne, comme en se
jouant, la quintescence d'une peinture mûrie par une longue expérience, une
longue réflexion. Là s'affirme
son immense talent, en donnant des oeuvres pleines d'inspiration, où le métier
se cache sous une apparente spontanéité.
Allant
au fond de l'art pictural dont il pénètre tous les arcanes, Spitzer pratique
avec un égal bonheur - et une égale réussite - la peinture sur toile, le
dessin, la gouache, l'aquarelle, la lithographie, la gravure.
Il s'adonne également à la sculpture.
Lauréat
de nombreux prix, exposé en permanence dans plusieurs grands Musées en France
et à l'étranger, Walter Spitzer est aussi l'illustrateur d'éditions de luxe
d'auteurs les plus célèbres: Malraux, Kessel, Sartre, Montherlant...
Le
fruit de cette variété de techniques se traduit dans une maturation où, dépassant
les préoccupations de matière, Spitzer approche le spirituel.
Il va donc tout naturellement vers la Bible - le Livre des Livres.
Cependant,
les thèmes bibliques ne sont pas pour Spitzer synonymes d'austérité.
Son interprétation des Dix Commandements est un assemblage savant de
transcendance, de morale, de besoin d'absolu, constamment doublé d'humour et de
spiritualité. L'amour du Ciel
peut-il se passer d'amour charnel?
Aussi
les oeuvres de Spitzer célèbrent-elles l'amour le plus fou comme le désespoir
le plus profond. Cet interprète
accompli de la gamme des sentiments humains est aussi un observateur fin et
appliqué de la nature. Ses
animaux, ses arbres, ses paysages ont une âme où se réflète le moment
fugitif et l'infini de l'Eternité.
L'éthique
et le charnel s'entremêlent puis s'unissent par delà les oeuvres de Spitzer,
qui forment autant de poèmes métaphysiques, où le transcendantal devient
invitation au dépassement de soi, à la recherche de l'Infini.
La luminosité de ses peintures est porteuse évidente d'étincelles de
la Lumière universelle.
Enfant
survivant de la génération d'Auschwitz, Spitzer ne peut oublier ni ses
souvenirs cruels, ni l'anéantissement des siens.
Certaines de ses peintures rappellent donc ce qui fut la vie simple de
jadis, la terrible vérité de naguerre. Cela constitue un des aspects
essentiels de sa riche personnalité. C'est
certainement aussi une des raisons pour lesquelles l'ensemble de son être -
l'ensemble de son oeuvre - est parcouru par un chant infini de fraternité,
d'espoir et de renouveau.
Certains
tableaux de Spitzer sont comme des cris de révolte ou de peur; d'autres sont
comme une explosion de passion-, d'autres encore sont recueillement et prière.
Dans tous vibre -l'être sensible et sensuel de ce grand peintre, parvenu
au niveau le plus élevé, l'égal des artistes les plus célèbres.
Chacun
de ses tableaux est une oeuvre majeure et achevée.
A travers ses toiles, Spitzer s'affirme comme un des plus grands
coloristes de notre temps.
Essentiellement
figuratif, fruit longuement mûri de son seul talent, indifférent aux écoles
qui passent et se succèdent, l'art de Walter Spitzer affirme hautement sa
permanence et sa pérennité.
Léon ABRAMOWICZ
Spitzer
construit par la couleur et dessine au pinceau.
Ses tons modèlent les formes. Sa
ligne est continue et ininterrompue. Les
volumes de ses figures s'emboîtent. Son
rythme n'est jamais arbitraire. Il
exclut aussi bien l'effet décoratif que la stylisation.
Les leçons respectives d'El Greco et de Delacroix ont été résorbées.
L'artiste vole de ses propres ailes et trace sa voie royale
Waldemar GEORGE
Voilà
un peintre complet - que dis-je, un peintre, alors qu'à l'instar des plus
grands, DAUMIER, DEGAS, RENOIR et quelquesautres, il est aussi, depuis peu, un
sculpteur ? - Voilà un artiste complet qui, sans bruit, sans ostentation, sans
battage publicitaire, prend sa place dans la longue lignée de ceux qui, depuis
les peintures rupestres, ont compris que l'homme est plus que l'homme quand il
veut bien détourner son coeur et son esprit de la satisfaction des besoins
purement matériels et les entraîne et plus haut et plus loin.
Tout
jeune encore, il a déjà derrière lui, une oeuvre importante et que pourraient
envier bien des artistes 'àu terme de leur carrière.
Une oeuvre importante et surtout diverse puisqu'il traite tous les genres
avec un égal bonheur : huiles, gouaches, aquarelles, gravures, lithographies,
illustrations et même les décors de théâtre.
Les géants de notre littérature contemporaine ont délibérément
choisi Walter SPITZER pour illustrer leurs livres : André MALRAUX, Jean-Paul
SARTRE, Joseph KESSEL, Henri de MONTHERLANT. . . Un ouvrage monumental –
presqu'une somme - pourrait lui être consacré - Il viendra, du reste, un jour
mais les limites de cette plaquette nous contraignent à ne guère aller au delà
de ses peintures.
Qu'on
sache bien, toutefois, que si quelques-uns des plus grands écrivains de notre
temps en ont écrit et de quelle élogieuse façon ! - c'est qu'ils y
ont été poussés par une sorte de fascination et d'envoûtement dont ils
n'ont pu se défendre. Le
voulaient-ils, d'ailleurs, et le fait de parler du peintre n'est-il pas la
preuve que, les oeuvres vues et admirées, ils continuaient d'être sous le
charme ? Pris par l'enchantement de cette peinture savoureuse et pulpeuse,
sensibles à la fois au fond et à la forme, ils ont ajouté leurs rêves à
ceux de l'artiste, ils ont prolongé, pour leur plaisir et celui de leurs
lecteurs, les instants d'émotion inspirés par ces personnages réels ou
imaginaires et ces scènes où le vrai le dispute au chimérique.
Et cela nous vaut le beau florilège qu'on va lire.
Dirai-je,
au moins, que, si florilège il y a, nous le devons tout autant à SPITZER
qu'aux écrivains qui ont traité de son oeuvre ? Aux images dont il a festonné
les récits, aux illustrations qui lui ont permis d'ajouter aux textes une autre
dimension, les écrivains et les critiques ont répondu par d'autres images et
d'autres illustrations qui éclairent l'oeuvre de l'artiste et mettent en lumière
ses pensées les plus secrètes et ses intentions les plus cachées.
Je
les offre ici pour qu'on puisse apprécier mieux encore l'oeuvre de Walter
SPITZER.
André FLAMENT.
SPITZER
a besoin d'un thème, d'un sujet lisible, pour donner à son ardeur un certain
ordre, une cohérence qui, faute d'avoir pour base un sujet, voire une anecdote,
prendrait facilement l'aspect d'une expansion hasardeuse.
Il est dominé par des impulsions sentimentales qui se traduisent en
explosions de couleurs plutôt que par une volonté raisonnée.
Cette prédominance de l'instinct, ce goût de l'excès, peut inciter à
le rapprocher parfois de Chagall ou de l'expressionnisme.
Raymond COGNIAT.
SPITZER,
expose trente-deux toiles pleines de fureur, de haine et de sang qui visiblement
lui ont longtemps tenu aux entrailles. I1 semble qu'il ait traîné avec lui,
depuis ses premières colères, cette sinistre épopée, nourrie depuis de la
hantise de la cruauté et de la mort.
Certes,
la volonté de choquer, de frapper, n'est pas absente de cette entreprise d'un
«racisme» véhément que SPITZER montre hasard ? calcul ? - à une époque de
l'année peu portée sur ce genre de témoignage.
Quelles que soient les qualités de l'oeuvre, on ne peut pas prétendre
que la peinture seule l'intéresse ; pas mal de littérature, d'ailleurs, enrobe
ces toiles exécutées à coups de pinceau furieux et où l'anecdote rappelle
que leur auteur illustre KESSEL, MALRAUX et SARTRE.
Pierre CABANNE.
Passer
de la retenue de PEINADO à la fougue de SPITZER constitue un exercice aussi délicat
que certainesfigures du yoga (je parle bien entendu d'après les images du
manuel de gymnastique, ne pratiquant aucun de ces sports dangereux! ). Mais on y
arrive très bien quand même, et j'avoue avoir toujours eu un grand faible pour
la peinture expressionniste. Walter
SPITZER a quarante, ans, il est né en Pologne, mais a étudié en France, on
l'a vu à la Jeune Peinture et à la Biennale de Paris.
Il a illustré MALRAUX, KESSEL, MONTHERLANT et SARTRE, et c'est autour
des soixante-quatre lithographies consacrées à l'oeuvre romanesque de ce
dernier que se déroule l'exposition organisée par la Nouvelle Librairie de
France à la Galerie Drouant, faubourg Saint-Honoré.
L'expressionnisme
chez SPITZER, c'est non seulement le parti pris de stigmatiser les laideurs de
l'existence, de constater la pourriture de toute chair, les débordements du
sexe, la bêtise de la guerre, mais aussi une façon de peindre à coups furieux
dans une pâte grasse en exaltant certains tons, alors que d'autres restent dans
les glauques et les noirs.
Jean
BOURET.
Ce
qu'il apporte, au bout de son crayon, gras, de son pinceau, c'est un lyrisme mû
par un intense amour de la vie, de la nature, des êtres et du monde animal.
Le tragique vécu de notre temps lui dicta l'amour de l'humain, la
fraternité envers les humbles et RABELAIS, la bénéfique vertu du rire ...
Guy DORNAND.
Entre
seize et dix-sept ans SPITZER a connu l'atmosphère atroce de Buchenwald.
C'est sans doute pour l'oublier qu'il nous entrarne aujourd'hui, monté
sur une chèvre, dans des ciels de rêve, dominant des villes entières, bravant
toutes les douleurs de ce monde juif qui ressemble un peu à celui de CHAGALL.
Sa peinture est tourmentée, généreuse, humaine comme celle du maître
de Vence.
René BAROTTE.
SPITZER
construit par la couleur et dessine au pinceau.
Ses tons modèlent les formes. Sa
ligne est continue et ininterrompue. Les
volumes de ses figures s'emboi-tent. Son
rythme n'est jamais arbitraire. Il
exclut aussi bien l'effet décoratif que la stylisation.
Les
leçons respectives d'EL GRECO et de DELACROIX ont été résorbées.
L'artiste vole de ses propres ailes et trace sa voie royale.
Waldemar GEORGE.
Lorsqu'un
artiste, peintre dessinateur du talent de Walter SPITZER, s'attache à l'oeuvre
de quatre contemporains capitaux, à celle d'André MALRAUX - d'une portée
humaine pénétrante, - de Henry de MONTHERLANT, de Joseph KESSEL et du prix
Nobel J.P. SARTRE, le résultat dépasse le simple complément pour s'installer
dans un univers où idées, beauté et vérité acquièrent une vie commune supérieure.
Marcel
VAN JOLE.
Ses
gravures sont celles d'un graphiste né. Les
gouaches, les aquarelles, d'une légèreté de tons qui évoque les premiers
instants du jour en une belle matinée d'été ; sa peinture, où il utilise des
techniques variées est surtout l'expression d'un esprit qui avait mûri prématurément
mais qui ne se lasse pas de jouer avec les compositions, distribuant des
bouquets de lumière et de couleurs en suivant une technique à la fois savante
et spontanée.
Léon ABRAMOWICZ
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