Biographie d'Alain Kleinmann:
IMMEMOIRES
Depuis
quelques siècles, un
peintre est
un être qui
peint des
tableaux. Là
s'arrêtent
nos certitudes.
Sous
prétexte
qu'un
tableau prenne
de la
place,
il'est
supposé contenir
un
morceau
d'espace
et retenir
des
ombres,
images,
idées,
absences
ou
fantômes
de
choses.
Expressionnisme,
impressionnisme,
idéalisme,
formalisme, sur- et hyper-réalisme
définissent
les manœuvres par
lesquelles on
s'imagine le peupler de
présents.
Tant de présence
n'a
pas
lieu.
Car
le
tableau ne
coagule
que la
durée.
Dût-elle
poursuivre la
chose
même,
hollandaise
donc, la
peinture
saisit
seulement
une éternité
de
perles
chronocon-gelées.
Quand un être temporel
s'ausculte,
il échappe et allonge par les
deux bouts, il se
découvre sans
cesse
plus
vieux
que soi,
donc
procède
simultanément à
l'autopsie
d'un soi
plus
jeune
que
lui,
comme un homme
rétrospectif
«
qui
aurait
la
longueur
non de son corps, mais
des
années
»
(Proust).
Epiant
des
miroirs
qui
alors dégèlent,
un temps
parfois
se
regarde
dans
les
yeux,
celui,
retrouvé
par
Alain
Kleinmann, apparaît impérativement
périssable, définitivement
fini,
dûment perdu.
Inflexible.
.ANDRE GLUCKSMANN
UNE
SOMPTUOSITE
CHALEUREUSE COMME UN
DON
Alain
Kleinmann
n'est
pas un
peintre parmi
d'autres.
Une
fois
jetée cette
affirmation
péremptoire, il convient
de
dire
pourquoi, même si ce ne
sont
pas les motifs
objectifs
de
cette
singularité
qui font défaut.
L'abondance
et
la
qualité des textes
écrits sur
l'œuvre du
peintre
invitent
sans doute
à la
modestie.
Nous
croisons,
au
hasard
de la
lecture de
tel
ouvrage,
tel
catalogue
consacré
à
l'artiste,
d'immenses
talents
qui,
un
jour,
dirent quelque
chose
de
substantiel
sur
son oeuvre. Comme dans
Le journal de voyage aux
Pays-bas
de
Durer où
ce
dernier
note sobrement
«
...Celui
qui a
rédigé ma
supplique
chez
Monsieur Banissi
est
un
petit
homme nommé
Erasme...
»
nous
rencontrons
ici et là,
Louis Aragon,
Jankelevitch,
Elie Wiesel
et
bien
d'autres
encore...
Nous
remarquons
que
tous
insistent
sur
l'exceptionnel
travail de mémoire
accompli
par
Alain
Kleinmann ( il
faut, me semble-t-il,
souligner à quel point cette mémoire retrouvée, en sa
picturalité, se manifeste
rarement de
façon aussi
efficace -
alors
qu'elle n'est guère
absente
des
écrits comme des
écrans.)
Cette
importance thématique posée, il
convient de s'approcher
du fait pictural.
Or, à cet égard, un
texte
ne vaut
que
par sa
capacité à faire se lever
des images, lesquelles existent
dans l'œuvre, parfois de façon
subliminale,
parfois de manière éclatante - mais
aussi, aveuglante. Un peintre véritable
participe toujours d'une
nouvelle manière de regarder le monde, c'est-à-dire donner à voir
plus que le pinceau qui
nous le montre. Au-delà
d'une
adhésion
spontanée, d'un
regard vite
fusionnel, l'univers
de Kleinmann
s'impose à nous, tant
sa
langue baroque,
composite, semble comme impérieusement attendue, une peinture
qu'on
appellerait si elle ne
s'était
enfin révélée.
Et, si cet art suscite
à
ce
point
l'enthousiasme,
c'est
qu'il
en procède - cela tombe
bien
:
l'Occident avait un urgent
besoin de chaleur. Dans le
climat artistique
passablement délétère que
nous traversons, il
n'est
pas bon
d'oser
la peinture.
L'artiste, ici,
comme
d'autres,
relève ce défi. (Aussi,
nous sommes en droit
de
demander des comptes
sur l'état des
lieux de
l'art dont nous héritons
en ce tout début de siècle: les tautologies érigées en née
plus ultra
de la
complexité
de la
pensée, le signe infra-minimal
qui ferait furieusement sens,
la redondance archéo-dadaïste,
tout cela fait,
semble-t-il,
bailler beaucoup - à
l'exception
des quelques uns qui en vivent,
bien sûr. Réservons
nous,
ailleurs,
un devoir
d'inventaire.
Cet
héritage encombrant
qui nous envahit et n'en
finit pas, animé
d'un dur désir de durer, ne nous
intéresse que parce qu'il
s'entête
à
s'enraciner
comme arbre triste masquant
les riches
bois
de ceux qui
manifestent leur bonheur d'être
libres. Libres du
Prince, de son
fait,
des
corridors
où ça
bruit,
des minuscules
officines
toutes
puissantes
où l'ennui
vient à la soupe
à
défaut du
génie.)
C'est
bien
l'altérité,
cette
instance supposant
son
aller-retour,
qui
caractérise
l'œuvre
de
Kleinmann.
Voici un
peintre qui se
livre,
s'expose,
ose
dire la
peinture
et ses
difficultés,
lui,
si
doué
de facilités : maître en mathématiques, sémiologue,
talmudiste,
expert en herméneutique,
comme il
aurait été
simple
à
cet
Hermès Trismégiste
de
plaquer
un vague
discours savant sur une
quelconque
attitude formaliste
! Or,
c'est
dans la
prise de
risque
que
cet
artiste s'accomplit
;
choix
de
ne
jamais
s'ennuyer, comme
celui
de ne
jamais
accabler.
Et
depuis
un quart
de siècle nous assistons à
un défilé qui nous est une fête sans cesse renouvelée ; une
curiosité
toujours
éveillée qui cherche, trouve,
s'incarne
et ne se
retourne
pas ; qui
propulse la mémoire en sa
douleur
comme en ses
bonheurs, loin,
très
loin
devant
nous, et
que
nous
rencontrerons
à notre
heure,
sur
notre
chemin.
Aussi,
parce qu'il
vient
du
signe,
du chiffre,
l'artiste
n'a
de
cesse
de
vouloir
faire
sens. De toutes façons
et à visage
découvert. Il
sait,
à
l'instar
de
Braque,
que
les
preuves fatiguent la
vérité
et, comme Montaigne,
qu'il
n'existe
qu'entreglose,
que les oeuvres peintes
ne sont qu'un moment de
l'alphabet, les
lignes de nos vies,
pages
que
l'on
tourne
d'un
livre qu'on
ne
terminera
jamais.
Ces
femmes,
belles
comme
l'Orient,
ces
livres
lus,
fatigués,
entassés,
ces clefs
qui
hésitent
à
rencontrer
leur
serrure, ces
vieux
érudits
que
l'on
craint de déranger,
Jérusalem
tant
de
fois
céleste
, toutes
ces images nous regardent
droit.
Somptuosité chaleureuse comme un don.
Alain
Kleinmann
peint ces hauts plateaux
que sont les villes : son histoire
n'a pas partie liée avec
les champs, les plaines ou
autres campagnes ; non plus
avec
l'océan
et ses rivages.
D'une
ville
l'autre,
d'un pays
l'autre,
une
valise
comme seul bien
- et les
livres
surtout. Peinture nomade. Et
c'est tant mieux car les
villes sont peuplées. Peuplées
de ces visages qu'il
nous
restitue
parfaitement;
ceux
des
siens,
ceux de tous les siens. Profondeur de champ : Yvonne, Werner,
Babette, Pierre, et
plus récemment, Emmanuelle
et Sarah. Nets, car tout
proches.
Ensuite
vient l'emblématique :
un
peuple
auquel il donne
tour
à
tour
tel
visage,
et où chacun se reconnaîtra
s'il
vient
de ces parages où trop a
soufflé le vent de
la barbarie.
Dans sa
belle
sobriété
chromatique,
peu d'artistes
auront porté si
haut les
couleurs
du judaïsme (
l'approche
qu'en
fit
Chagall,
si
admirable
fût-elle,
suppose une
prise
de
distance
par
rapport
à son
milieu; la
peinture
à ce moment de la
Russie
n'était
certes
pas un
métier juif.
C'est
la
révolution
de 1905
qui
lui
permettra
de
s'affranchir
et de
s'exprimer
avec le bonheur que
l'on
sait.)
Beaucoup
plus loin
à
l'est,
le
peintre tombera
sous le charme de l'extrême-orient.
Les images qu'il nous en
rapporte reflètent son goût immodéré pour tout ce qui fait sens chez
un peuple. Le hiératisme des
personnages, leur
noblesse,
là encore,
s'imbriquent avec
leur
écriture. - Cela
n'est pas fortuit : comme
l'Hébreu, les idéogrammes
chinois sont magiques,
jubilatoires,
et peut-être plus encore pour ceux - dont je fais partie
-
qui
n'en
voient que la part
mystérieuse du signifiant.
Peut-être une piste afin
de comprendre comment deux
mondes si différents se rencontrent, et ne font, in fine,
qu'un seul tableau
?
Baudelaire
affirmait avec
raison qu'un
grand peintre peindra
des
fleurs,
par
exemple, mieux que n'importe quel spécialiste en la matière. Ainsi,
l'artiste s'affranchit-il
de temps à autre du monde
hébraïque afin
de moissonner
d'autres
expériences,
partir
à la rencontre
de nouveaux éblouissements.
Si cette
peinture captivante est
très
souvent voluptueuse,
nous pouvons aussi
remarquer une absence d'érotisme manifeste. Ce n'est point là
affaire de religion : Alain
Kleinmann s'octroie ce que le
peintre
veut.
Ce
n'est
pas là non plus affaire de
morale mais
bien
plutôt
d'éthique
personnelle, toute vraie mise en scène de
l'érotisme suppose son
objet à asservir. Sans doute rencontrons-nous ici le poids de
l'histoire et de ses avatars. En
cette mémoire, Sade ou
Bataille ne peuvent être
de mise.
Plus
prosaïquement : comment cette
magie - toute peinture efficace en est une
-
fonctionne-t-elle
? Ici, je
serais tenté de répondre :
par l'abondance de
signes, de matières, de
sens. Mais abondance n'est
pas surabondance. Simplement, il est des
peintures généreuses,
d'autres
qui le sont moins
;
j'entends
là quant à la
quantité
de
signes
transmis. Il y
aurait
chez cet
artiste
comme un
devoir
de
complexification
qui relaierait celui de
révélation afin de s'incarner
dans le baroquisme heureux dont je
parlais
plus
haut
(nous
sommes lassés de ce surmoi
minimaliste qui
prétendrait nous
intimer
d'être
très en-deçà de notre ambition à
habiter le monde).
Historiquement le baroquisme tend à épater, réduire, récupérer, il
est une politique.
Dérive du langage : j'emploie
le mot baroque
bien
plutôt comme
expression
d'un
moi
richement
bariolé. Et qui se répand
voluptueusement. Plus hugolien que mallarméen, Kleinmann nous
offre des images généreuses
qu'il
se garde
bien
de
censurer.
Dans son
entreprise
de complexification,
il
sollicite
depuis
longtemps cette troisième
dimension qui a priori ferait défaut à l'image peinte
(alors que toute trace apposée -fût-elle
d'aquarelle
-
est
physiquement
une
épaisseur).
D'où cette
richesse,
ces
labyrinthes,
ces caches
(quels dangers veut-on semer
ici ?),
d'où ce chant
plein
qui
vous envahit et vous emporte.
C'est
à ce moment où
cette troisième dimension
achoppe sur
les deux
autres,
que
le
peintre-
sculpteur;
fait
le
saut,
et
devient
sculpteur. Bien
sûr, peut-être dira-t-on
sculpture
de
peintre
( parce que
souvent frontale) ?
Mais si de
ces
hauts
reliefs
surgit cette
rare
séduction
jusqu'alors
tapie dans les
tableaux
? Si l'œil va et
vient avec gourmandise
dans les
plis et
replis de ces
livres
ensemble sidérés ? Univers
unique
qui
brille
de toutes
ses
teintes:
noir
charbon, bleu
roi, vert
canon, gris acier, or patiné
; palette de sculpteur que
le peintre renaissant tente de
s'approprier comme un nouveau monde.
Avant de parvenir,
chemin faisant, à l'un de
ces points d'équilibre
possible qui fait qu'un
tableau s'achève en une sorte
d'hésitation définitive, le peintre aura mis en oeuvre une alchimie très
savante. Il y a d'abord
l'idée, elle continue sa
route et, pendant ce temps, il y a aussi de précieuses trouvailles.
L'artiste fait son marché, _
achetant ici
et là de magiques
papiers. En
Afrique,
au
Japon,
en Chine,
au
Népal,
aux
Philippines, à
Jérusalem
aussi
: de
vieux plans
d'urbanisation,
de vieux
documents
qui
n'ont de
valeur
que pour lui
seul, ou à peu près.
Aussi, ces superbes
étoffes du Radjastan qui
participeront
à confectionner
la
chair
généreuse
de ses toiles. En
Europe,
en
France
même, il écume les Puces,
s'emparant
de lettres,
de
photos,
de
tout
ce
qu'il
incorporera
à l'oeuvre
comme
autant
d'éléments
volés. Si la
photographie
piège l'instant,
en
piégeant
ces
clichés,
Kleinmann
nous en
restitue l'image
insistante et pérenne ; le
passé
n'est
jamais
que du présent
qui
fuit. Après avoir
joué de
main de maître des
subtils allers-retours
entre le
précis et
l'effacé, nous avoir offert ces
impressions
floues, en quête de vérité,
mais ne goûtant pas
l'exactitude,
le peintre
prétend
justement à de
nouvelles
conquêtes. Il y eut
d'abord ces images annulées, saturées, gommées, abolies. Ensuite
vinrent ces oeuvres à la lourde mémoire, à la
virtuosité, plus secrète,
plus dense. Oeuvres riches de matériaux
collés, piégés, protégés, masqués, sur lesquelles
l'huile,
riche, encore, de son
histoire à exprimer, se
déposera. Et les sculptures que nous avons évoquées. Ici,
j'oserais une hypothèse :
les grands et somptueux papiers exécutés
récemment,
dans
leur
sobriété
matiériste relative,
doivent
leur
envol à la
réussite incontestable
des
sculptures.
Alain
Kleinmann, en
montant,
aura
suivi
sa pente.
D'une
part, le papier - la
surface
retrouvée -
et, par
ailleurs,
l'incarnation
spatiale
de cette
complexification
de l'expression
d'un
monde
qui
jamais n'a
prétendu
faire
de la
simplicité une
vertu
cardinale.
Que ces
hautes
oeuvres gagnent le large ;
elles
nous
accompagneront.
Et
nous
les écouterons.
HASTAIRE
avril 2000
Voyageur du temps :
Alain
Kleinmann à La
Havane 2009
Abelardo
Mena
Commissaire en chef de la Collection d'Art
International Contemporain
I. De
l'Almendares
à la Seine : La Havane-Paris
Express.
Recevoir dans les salles de l'Edifice de l'Art Universel
les œuvres de l'artiste
français Alain Kleinmann constitue un pas supplémentaire dans le
pont culturel qui relie La Havane à Paris depuis l'époque de la
domination coloniale. Ce dialogue qui emprunte divers chemins s'est
tissé peu à peu autour de
publications, de voyages et d'échanges artistiques.
L'intensité de sa dynamique n'a jamais cessé, bien qu'elle ait
souffert parfois -comme toute
communication interculturelle- de
moments de reflux et même
d'opacités.
Les liens spirituels entre
la France et Cuba sont bien plus que de simples prétextes à des
thèses doctorales et à des publications. Cela se manifesta dès le
XVUF™ siècle par l'importation en contrebande des idées de la
franc-maçonnerie libertaire,
alimentant le désir de modernité illustré par les créoles
jusqu'au rassemblement massif
en plein mois d'août, à la « Rampa
Habanera », d'une cinquantaine
d'intellectuels français issus de la rive gauche pro
guevariste qui participèrent à la fresque du Salon de Mai de 1967.
Dans la jonction de ces
deux fleuves profonds que sont
l'Almendares de Julian del Casai et la Seine de Modigliani ou
de De Gaulle, le Musée National des Beaux Arts a eu un
rôle essentiel. Celui-ci après sa réouverture en 2001 est devenu
l'estuaire incontournable entre
la plus grande île des Antilles et les diverses manifestations de
l'univers francophone.
Depuis plus de quatre
décennies, l'autorité culturelle
du Musée est issue d'un noyau au poids historique incomparable : sa
collection française. Celle-ci est constituée de plus de trois
cents pièces qui
englobent des œuvres du XVIe™ siècle jusqu' aux
prémices du XX™C
siècle, ainsi que d'environ cinq cents gravures et
œuvres sur papier. On peut en
admirer l'illustration la plus achevée
à l'ancien Centre Asturien : on
y retrouve le portrait aristocratique
de Messire Jean François, Baron
de Rym et de Bellem, les courbes éthérées des femmes de Bougereau,
sans oublier les paysages antiacadémiques
de l'école de Barbizon. Ainsi la salle « bleue » devient-elle un panoptique permettant de contempler aisément l'évolution
stylistique et conceptuelle d'une des plus importantes écoles
européennes parmi les collections des Musées.
Mais
les Caraïbes, irrévérencieuses et peu enclines aux
normes, ne peuvent prétendre articuler une histoire narrative
de l'art français telle
que celle que le Louvre met en place avec une évidente facilité.
Cette vision « à la cubaine » qu'offre la
salle française, pointe sa
différence par les particularités de notre contexte
patrimonial qui privilégie une vision dynamique et intime, à travers
une sélection précise d'œuvres et de créateurs qui les ont incarnées
avec excellence. Ainsi les fonds museaux se sont-ils enrichis sans
excès mais de façon conséquente par
l'apport de collections privées.
Cette démarche attend toujours sa reconnaissance par la sphère
civile et son intégration dans les
fondements de l'histoire de l'art et des idées à Cuba.
Mais la présence de l'art français au Musée des Beaux Arts
ne
se limite pas à la collection permanente ni même à l'excellence
insoupçonnée des collections du Musée des Arts Décoratifs ou du
Musée Napoléon où les artistes exposèrent successivement
jusqu'à
l'aube du XX"™ siècle. En 1997 dans les murs du Musée National,
la création d'une
collection d'An International Contemporain a
permis la réévaluation des
pratiques avant-gardistes liées à l'Ecole de
Paris et qui étaient auparavant
reparties dans différentes collections.
Sa première présentation eut lieu
en juillet 2003 dans le cadre de
l'exposition « de Picasso à Keidi
Haring ». Y furent redécouverts
d'autres artistes associés à des
mouvements d'après- guerre en France :
figuration narrative, pop art,
collages, art contestataire. L'éclosion
et la lisibilité interprétative
de cette collection contemporaine (la
plus importante par le nombre et
la provenance géographique) ont rendu possible l'acquisition
d'œuvres françaises récentes ainsi que l'exposition temporaire
d'oeuvres de créateurs « classiques » de la Ville Lumière : Erro,
Fromanger, Le Corbusier, Burri, ainsi que la restauration de la
fresque du Salon de Mai de 1967, ce monument incontournable
du dialogue La Havane-Paris.
Cent ans après la première
exposition d'art français
contemporain dans la Cuba républicaine (Athénée de La Havane
15 janvier - 15
février 1907), l'Edifice de l'Art Universel renoue avec les
aventures plastiques récemment produites dans ce pays européen.
C'est ainsi que le parisien Alain Kleinmann débarque
sous
les cyclones, d'énormes toiles sous les bras.
II.
Chroniques
d'un voyage ou comment La Havane ressemble à Paris.
Kleinmann avait à peine 15 ans quand les pavés et les mots d'ordre
de Daniel Cohn-Bendit
jetés à la tête des gendarmes laissaient
présager une révolution dans le
système politique français.
L'attitude énergique des étudiants contre le mode de vie bourgeois
que
Marcuse définissait comme unidimensionnel, s'est exprimée
simultanément en une
exaltation de la dématérialisation de l'art transformé en
expérience, en une énonciation conceptuelle, en une critique
situationniste des institutions (Musées, marchés, objets) ainsi qu'en une érosion du
sujet (en tant qu'auteur) pour évoluer vers un travail collectif
anonyme utile
à la lutte sociale. Les
mouvements émergents, symptômes des changements post modernes
de paradigmes culturels ont permis « la fin de la peinture »,
considérée comme bourgeoise, manipulable, vendable et accrochable
dans les somptueux appartements avec vue sur Seine ou dans les
Musées solitaires pour dames qui
s'ennuient ; elle fut mise à l'écart dans les Ecoles d'Art en
rébellion. Sous l'impact de la contre-culture, Duchamp
est devenu le gardien du
Panthéon des handicapés.
A la question que se posait Lénine : « Que faire ? », si
présente sur les barricades, le jeune artiste a répondu le pinceau à
la
main, assis à égale distance entre la figuration et l'abstraction,
ces
deux
antinomies historiques. J'imagine que le jeune Kleinmann
à la chevelure insouciante comme celle de Belmondo dans « A
bout de souffle » prenait plus de plaisir à lire les BD de
Gotlib et de Tintin que les
théories anticapitalistes brouillonnes
de Guy Debord. Il les
reproduisait sans fin dans ses carnets et les
montrait aux camarades de son
lycée.
Toujours fidèle à ses
critères personnels, il adoptait une position à contre-courant qui
s'est ensuite révélée juste : la tradition de la peinture, le
contact avec le velouté de la toile, les effluves de térébenthine et
le mélange des pigments ont
mieux résisté que les assauts des iconoclastes de 68 éblouis par la
révolution culturelle
chinoise. Une dizaine d'années après, alors que le jeune
artiste commence à exposer, on construit à Paris le Centre Pompidou,
véritable tournant dans le concept de Musée
et le critique d'art italien
Bonito Oliva révèle le mouvement de la
« Transavantgarde » : l'art comme
institution se recycle.
La peinture n'a jamais récupéré sa condition
académique, ni sa
certitude ou sa représentation immédiate de la réalité à travers une
fenêtre ouverte : on ne pouvait plus aller à Fontainebleau capter
les variations de la lumière à travers le feuillage. Le concept
d'art avait changé sans possible retour. La peinture devenait un
objet, une excroissance freudienne de l'artiste, un
jeu linguistique, une
touche de hasard, un morceau de mur ou un iceberg de souvenirs.
Adieu la vieille peinture
sociale procommuniste de l'entre- deux- guerres, remise au goût
du jour par Gutusso et
l'engagement de Sartre. Bienvenue à la peinture avec un p minuscule,
trace ou marque intime, texte
ouvert, possible fiction. Tout en restant radicalement fidèle à la
toile, les peintures de Kleinmann tressent des hyperliens
avec d'autres pratiques de l'art en utilisant images et mémoire. Les
collages de Robert Rauschenberg étaient des « no man's land »
dans lesquels des photos
extraites de la presse se mélangeaient,
se superposaient pour devenir des sérigraphies. L'artiste français
utilise l'outil le plus humble pour transformer la toile « sans
photoshop » en un mille-feuilles de matières, en un cahier de
lambeaux de mémoires.
Comme Christian Boltanski
et Simon Attie il utilise des matériaux d'archives et des références
aux communautés juives. Le premier construit des monuments et des
autels de tendance néoréaliste par le mélange de documents, d'objets
et des tissus. Attie, procède à des interventions urbaines à travers
la projection d'images de
personnages juifs, sur les lieux mêmes
qu'ils occupèrent avant que les
nazis ne les en chassent.
Chez Kleinmann nous ne trouverons pas les indices de cette débâcle
historique. Les photographies de parents, d'enfants, de rabbins
plongés dans la lecture, de bibliothèques et de rangées
de livres, de gares, de sombres escaliers, sont transformées par
l'assemblage des matériaux,
rappelant un modèle familier, intime et figé, étranger à
toute contingence historique, qui évoque par
ses décors architecturaux la
France sensuelle de l'Art Nouveau et
l'affaire Dreyfus.
En ce
sens, Kleinmann procède comme un archéologue
vagabond : pas de certitudes à
démontrer, pas de motifs à exposer
ou de coupables à châtier. Nous n'avons pas à
faire à un peintre
de l'Histoire mais plutôt à un écrivain qui utilise la
peinture pour
travailler en marge des histoires publiques et officielles afin de
créer des textes ouverts, allusifs et en suspension.
Sa
façon de créer ne propose pas d'évasions nostalgiques.
C'est sa profonde conviction qui l'amène à extraire les
images des archives, des vieilles publications trouvées aux marchés
au puces ou chez les antiquaires ; c'est avec ces images d'archives
que nous construisons le passé auquel nous ne pourrons plus
échapper. Kleinmann les arrange en un désordre apparent,
incluant des objets à trois
dimensions, quelques uns re-modelés en bronze et qui apparaissent en
contrepoint entre le Réel et ses
représentations.
La patine fantomatique des
toiles ramène l'aura des images
photographiques ; elle les soumet à un entrelacement de
sens qui exaspère les textures
-réelles ou simulées- et les transforme en une dramaturgie
communicative qui souligne la rupture
factuelle et son déplacement de
la chronique vers l'allégorie.
Nous ne sommes pas surpris alors qu' Alain Kleinmann,
ce maraudeur au milieu des
images du passé, fasse -comme beaucoup d'autres artistes- une
incursion à La Havane. C'est avec
le regard vif du flâneur de Baudelaire qu'il s'ajoute à la liste des
créateurs français qui de Federico Mialhe à Agnès Varda ont
observé le caractère et l'atmosphère de l'île. A la différence de
nombreux voyageurs, ce n'est ni
la vivacité du natif, ni l'élégance
de ses attitudes, ni le rythme de
sa démarche qui l'attirent.
Il n'est pas non plus
ébloui par le caractère de ruine
« postmoderne » ou « postsoviétique » que Wim Wenders et Ray
Cooder nous ont livré dans « Buena Vista Social Club ». Son
approche de La Havane est intime, sans emphase, a sotto voce et
surtout portée sur l'architecture. La Havane doit en grande partie
son
mythe et sa grandeur à l'éclectisme nourri par la modernité du
Chicago de Louis Sullivan et par l'urbanisme aristocrate du Paris
haussmannien. C'est la recherche de la
ressemblance, du familier, qui guide ses pas. C'est pour cela qu'il
n'y a pas de césure entre sa création à Paris et celle que nous
attendons à La Havane.
« Alain Kleinmann n'est
pas l'exemple triomphant de la
peinture rapide que de jeunes artistes s'empressent à fabriquer
dans les aéroports en se
rendant dans les Foires d'Art Internationales
héritières des Salons du XIXcmt
siècle. C'est par contre l'exemple parfait d'un art fidèle à
lui-même, d'une peinture alimentée -comme la philosophie- par des
longues conversations tenues dans des cafés ou après un repas. C'est
donc là une magnifique occasion
que nous avons de le présenter à notre public. »
La
Havane, septembre 2008 (entre les cyclones Custav et Ike)
L'œuvre
d'Alain
Kleinmann
Elisabeth de Fontenay
Permettez qu'à l'adresse
de ceux qui ne connaîtraient pas
encore Alain Kleinmann, je procède à un rapide inventaire des motifs
les plus fréquents de son oeuvre. C'est d'abord des couleurs
ou plutôt des tons qu'il faut
parler. Il sont bruns et sépias, bruns gris, bistres, comme
des tonalités du passé qu'un certain rouge tantôt fait vibrer,
tantôt assourdit encore un peu plus. Dans ces
tonalités s'inscrivent, je le
cite, « la persistance d'un regard » et, je le cite encore, les «
choses abandonnées » qui « conservent la persistance des présences
antérieures comme un silence musical
garde la présence des dernières
notes jouées ».
Voici donc, telles que le peintre à la fois les recueille et les
invente, quelques unes de ces choses abandonnées. Le monumental
escalier baroque d'une demeure
patricienne qu'on imagine juive et
pragoise ; le portail du parc d'un château où
l'on se dit qu'ont été
abrités, pendant et après, des enfants cachés, puis des
enfants sauvés ; des cartons à dessin sur lesquels ont germé et
éclos des livres ; des
empilements de vieux ouvrages secrets, rangées en tous sens, comme c'est
le cas dans les bibliothèques de ceux qui lisent; des accumulation
de
clés sans serrures et de vieilles boîtes à lettres inouvrables dans
lesquelles s'encastrent des médaillons,
et que Kleinmann tamponne
parfois d'un « annulé » ou encore NPAI, n'habite plus à
l'adresse
indiquée. Est-ce du peintre lui-même qu'il s'agit comme lui-même
nous
le confie. Ou alors des Juifs ? Mais n'est-ce pas plutôt Dieu
qui, pendant quelques années, n'a plus
habité à l'adresse indiquée. A moins qu'il ne faille, plus
paisiblement, entendre dans les quatre
lettres fatidiques, NPAI
quelque chose comme cette Énigme
éternelle, la Mélodie hébraïque de Maurice Ravel, dont les paroles
se réduisent à la répétition
enfantine et profonde de deux syllabes
tralala lala lala ?
Je
reprends mon énumération : des cartes
géographiques, des réseaux ferroviaires, des
valises d'avant guerre
entassées, belles et tristes, mais sans aucun pathos ;
des variations
de pinceaux, signatures répétitives et matérielles du peintre ; des
suites de tampons ; des timbres et des estampilles parfois rouges,
qui oblitèrent
l'image et qui signalent FRAGILE ou inscrivent le sceau d'un numéro
dont la netteté n'est jamais indemne de cruauté ; des portraits
photographiques anciens, souvent flous,
anonymes, et traces pourtant
d'insistantes réminiscences.
Et
encore : des instruments, des partitions, évoquant des violonistes
dont on se dit qu'après avoir interprété la Sonate
à Kreutzer ils se laisseront aller à jouer, « un refrain oublié »,
Mayn Stetele Belz, par exemple. Pourquoi est-ce justement à
cette chanson-là que je pense ?
D'abord, peut-être, parce qu'aussi loin, je l'ai que je me
souvienne entendue chantonnée. Ensuite
parce que Daniel Mendelssohn
-qui me semble avoir une sorte de
parenté avec Alain Kleinmann, à
cause d'une commune douceur dans l'obstination du lien au
passé- raconte, dans son livre Les
Disparus, comment les nazis et
leurs supplétifs ukrainiens, s'amusant ignoblement d'une proximité
phonétique entre Belz et Belzec, contraignaient à chanter Mayn
Stetele Belz ceux qu'ils conduisaient vers le camp d'extermination.
Les douces mesures, les paroles enfantines, le rythme troublant sur
lesquels les exilés du yddishland berçaient et dansaient leur
nostalgie de l'ancienne vie, ont fourni aux exécuteurs ce
raffinement pervers qui leur permettait d'humilier et de désespérer un peu plus leurs victimes.
Je voudrais encore évoquer -mais je m'arrêterai là dans
l'énumération des thèmes kleinmaniens- ces carrioles attelées à
un cheval, conduites par un ou deux
hommes coiffés de chapkas, et qui parfois se retournent. Ils nous
apparaissent à leur tour, dans
leur humble et fier équipage, comme parfaitement emblématiques
de
l'inquiet bonheur des Stettl, de cet enracinement de l'errance
juive dans les villages, dans les
campagnes d'Ukraine et de Pologne.
Tels sont donc les motifs les plus insistants
de l'œuvre que nous
célébrons ce soir.
Ce prix qu'Alain Kleinmann
se voit décerner et qu'il partage avec Schlomo Venezia porte le nom
d'un homme originaire de ces pays d'Europe centrale, Jacob Buchmann,
dont la femme et la petite fille furent assassinées à Auschwitz.
Aussi Kleinmann ne trouvera-t-il pas indiscrète cette approche
seulement juive d'un œuvre dont on peut certes parler d'une toute
autre façon, comme en ont témoigné Aragon et quelques
autres illustres amateurs.
J'espère qu'il comprendra mes raisons de ne mettre l'accent
que sur l'aura juive de son travail. En iconographie religieuse,
l'aura désigne une auréole, un nimbe entourant l'ensemble du corps
d'un homme sanctifié ou d'une
divinité, elle représente sa sainteté ou sa puissance. Le philosophe
Walter Benjamin a repris le terme d'aura pour caractériser la
spécificité de l'œuvre d'art en tant qu'elle est unique et qu'elle
s'inscrit dans un contexte historique et spatial. Et il définit
l'aura comme la « manifestation d'un
lointain quelle que soit sa
proximité ». Or ce que Kleimann nous donne justement à voir, c'est
la douloureuse proximité de ce lointain, la présence-absence de ce
peuple du yiddisch. Car la catastrophe, hurban
est omniprésente dans cette
œuvre. Mais on voudrait dire qu'elle
l'est en sous-impression comme on
parle de surimpression. «
Je crois que le pouvoir de suggestion du murmure est plus fort
que celui du hurlement », écrit-il. Ce ne sont pas les
processus terminaux de la
cruauté absolue qu'il évoque en effet, c'est tout
ce qu'il y avait de vivant,
auparavant, tout ce qui existait et dont nul ne pouvait prévoir
ou prévenir l'abominable interruption.
Kleinmann nous rend quelque
chose des visages, des costumes, du maintien de ces hommes,
de ces femmes et de ces enfants
qui, par delà les généalogies interrompues, nous ont engendrés,
il réinvente cette petite vie entre soi concrète,
quotidienne, amère et douce, cette vie sépia du yiddischland, qui ne
pouvait sans doute pas durer
indéfiniment mais à laquelle il est arrivé ce qui n'aurait
jamais du avoir lieu.
C'est, le plus souvent, dans l'agrandissement des détails
qu'on découvre les trésors de remémoration que j'ai trop rapidement
inventoriés. Chaque fragment de cette œuvre, quand
on le grossit, donne à
voir comme un monde en soi. Permettez, cher Alain Kleinmann, à la
philosophe que je suis de s'adresser au mathématicien que vous êtes
en citant la Monadologie du
grand philosophe mathématicien Leibniz. « II y a un monde de
créatures, de vivants, d'animaux,
d'âmes dans la moindre partie de la matière. Chaque portion
de la matière peut être conçue comme un jardin plein de plantes et
comme un étang plein de poissons. Mais chaque rameau de la plante,
chaque membre de l'animal, chaque goutte de ses humeurs est encore
un tel jardin ou un tel étang. » Cette philosophie s'est désignée
elle-même comme « le labyrinthe du continu », et on a pu la rattacher à un
certain baroque, celui des
artistes qui ne laissent jamais subsister le moindre vide dans
l'espace de leur oeuvre, ce baroque peut-être
aussi de Prague que vous vous
plaisez à représenter. La philosophie de Leibniz pourrait
entrer étonnamment en correspondance avec l'œuvre peint et sculpté
que nous célébrons ce soir, si
l'optimisme, la justification de Dieu, la théodicée qui la fonde
ne
l'avait pas rendue à jamais étrangère au mal radical nazi dont la
sousimpression, encore une fois, hante le geste de Kleinmann.
Ce qui fait la
génialité de ce travail, c'est, entre autres traits, la singularité
de sa matérialité, je veux dire le caractère inattendu des matériaux
utilisés ou plutôt subtilisés
pour peindre, coller, construire, greffer. « Je m'inspire souvent,
a-t-il dit, des hasards de
la matière, des imprévus ». La langue de l'artiste s'articule
à partir de ce que lui-même désigne comme
« matières de grenier » :
chiffons, gaze, papiers froissés ou gaufrés,
feuilles d'or, calques, photos
marouflées dans le support de la toile
et ces portraits peints qui
assurent le lien entre les matériaux et
la peinture. Le carton ondulé
joue un rôle saisissant, car, comme le peintre lui-même
l'indique, il ne laisse pas voir, quand on le
déchire, une coupure nette, de
sorte qu'intégré à la toile il forme un
léger relief, souvent repris par
le dessin de stries diagonales, par l'indique, il ne laisse
pas voir, quand on le déchire,
une coupure nette, de sorte qu'intégré à la toile il forme un
léger relief, souvent repris par
le dessin de stries diagonales, par les
modules répétitifs et rythmants
de bâtonnets creux et réguliers.
Ces œuvres ne relèvent pas plus de la figuration que de
l'abstraction, dans la
mesure où, à partir des techniques mixtes,
sculptures et peintures sur
matériaux, à partir des stratifications
de matière, à partir des couches
superposées, parfois, sans bords, sans vides, se constitue
une langue avec son vocabulaire, sa
syntaxe, sa grammaire, ses
articulation : unser Wort, écrit-il sur l'un de ses tableaux
et le titre du vieux journal yiddish semble
prendre en charge l'ensemble de
ces toiles qui semblent provenir
de très loin, semées qu'elles
sont d'allusions familières et étranges auxquelles s'agrafe
la mémoire. Ce ne sont, comme Laurence Sigal l'a fait remarquer, que
labyrinthes de superpositions, de
reprises et de masquages qui
rendent en même temps familières
et indéchiffrables les
références incluses dans la matière, voire les lignes d'écriture.
Les signes sont à la fois précis et effacés comme si tout flottait
entte le dit et le non dit, comme si le peintre veillait à ce qu'on
ne puisse pas lire les mots qu'il trace.
On peut dire que
Kleinmann nous présente les vraies
fausses archives de l'histoire,
de nos histoires ravagées, car c'est le temps que remonte
l'espace de sa peinture et c'est le passé qu'il arrache magiquement
au néant, même si tous ne reconnaissent pas comme leurs les objets
et les visages qu'il représente : ces regards désaffectés qu'il se
donne pour tâche de réaffecter. « Je peins la carte d'identité d'un
événement », a-t-il écrit. Or, Walter Benjamin à qui j'ai eu recours
pour qu'il m'aide non pas à entrer dans cette peinture mais à m'en
distancer un peu pour pouvoir vous en parler, Walter Benjamin ne
disait pas autre chose quand il donnait pour consigne à l'écriture
de « donner leur physionomie aux
dates ». Et l'on trouve cette même volonté minutieuse
d'incarnation temporelle chez le poète Paul Celan
quand il écrit : « Le poème
parle ! de la date qui est la sienne... de la circonstance unique
qui proprement le concerne ». N'est-ce pas dans cette trace
que la tradition juive demande qu'on prononce et qu'on inscrive les
noms de ceux qui sont morts. Car, dans la
datation, l'inscription et
l'état civil de l'événement unique, il s'agit,
pour Celan comme pour Benjamin, comme pour Kleinmann, de
se souvenir. Et ce rappel, ce
zakhor, loin de seulement le conserver,
réactualise le passé dans
l'expérience du présent. C'est ainsi qu'en notre nom et à
notre intention, Kleinmann fait don de leur aura
aux corps et aux âmes qui ont habité ce monde assassiné.
Discours prononce à l'occasion de la remise du prix Jacob Buchmann
(Fondation du Judaïsme Français) à Alain Kleinmann,
le
26 novembre 2007
à Paris
Biographie
Alain Kleinmann est né en 1953 à Paris ou il vit et travaille.
Plus
d'une centaine d'expositions personnelles lui ont été consacrées
par des
galeries, des musées et de centres d'art contemporain dans des
nombreux pays (Europe, USA, Amérique du
Sud, Asie, Afrique).
Son œuvre est présente dans la
plupart des foires d'art
internationales : FIAC (Paris), Art-Paris, New-York Art Pair (USA),
Art Miami (USA), Istanbul Art Pair, Art Jonction (Nice), St'Art
(Strasbourg), Linéart (Grand-Belgique)...
Une dizaine de monographies
ont paru sur son travail comprenant
des textes d'Aragon, Marcel Marceau, André Glucksmann,
Elie Wiesel, Vladimir Yankelevitch,
Ivry Giltis, Georges Moustaki,
Hastaire, Martin Gray, Richard Dembo,
Pierre Restany...
Il est l'auteur du livre « La peinture et autres lieux » (Editions
Dima 2002), et a réalisé des décors pour le théâtre (Théâtre la Bruyère,
Maisons des Arts de Créteil) et de multiples couvertures de livres.
Plusieurs
films et thèses universitaires ont été consacrés à
son œuvre. Il est également
co-fondateur avec Hastaire du Groupe Mémoire (Kleinmann, Hastaire, Kuper,
Zaborov, Vaughn-James, Aryckx, Diaz
Galvez...)-
Etudes
Universitaires:
Maîtrise de mathématiques
/
DEA de Sémiologie
|
Musées
ayant exposé les
oeuvres d' Alain
Kleinmann: |
Centre Georges Pompidou, Paris
Museo Leonardo da Vinci, Milan
Science Muséum, Londres
New York Coliseum, New York
Tekniska Museet, Stockholm
Kunsthalle, Berlin
Palais des Beaux-Arts, Bruxelles
Musée d'Art Contemporain, Fontainebleau
Palais de Beaulieu, Lausanne
Palacio Velasquez, Madrid
Musée de la Résistance, Lyon
Musée de Saint-Paul-de-Vence
Musée de Quimper
Musée de la Vicomté-Melun
Musée de Châteauroux
Musée de Mantes-la-jolie
Musée des Capucins, Coulommiers
Musée des Invalides, Paris
Musée de la Poste, Paris
Musée du Luxembourg, Paris
Espace Lyonnais d'Art Contemporain, Lyon
Museo del Technische Hogeschool, Delft
Musée D'art juif, Paris
Museo Municipal, Bat Yam
Museo Mercal el Born, Barcelonne
Museo Charlottenborg Copenhague
Magnes Muséum, San Francisco
Museo Tretiakov de Arte Contemporâneo, Moscû
Museo de la Academia de Bellas Artes de Chine, Pékin
Museo de Shandong
Museo de Shengzen
Museo de Arte Contemporâneo, Santiago de Chile
Loft Muséum, Nagoya
Kirin Plaza Fundation, Osaka
Tokyo Bunkamura, Tokyo
Museo Nacional de Bellas Artes de La Habana
EXPOSITIONS
PRINCIPALES
1976 Fiac
- Paris / Galerie Aleph - Paris
/
Musée d'Art Juif -
Paris / PCB –
Paris
1977
Musée du Luxembourg -
Paris /
Galerie Arcadia
– Paris
1978
Galerie
Aleph
- Paris
/
Galerie
Documenta - Paris / Galerie Camion -
Paris /
CNIT
– Paris
1979
Centre Georges Pompidou -
Paris
/ Musée Leonardo da Vinci -
Milan
/ ELAC –
Lyon
-Galerie
Documenta -
Paris
Galerie
Saphir
Galerie
Paris American Art - Paris / Galerie Shandar
– Paris-Centre
Culturel
et Chorégraphique
-
Paris
/
Galerie
Aleph
-
Paris /
1980 New
-
York Coliseum - New -
York /
Palais
des Beaux
Arts -
Bruxelles Musée des Invalides
- Paris
/
Musée du Technische Hogeschool -
Delft Kunsthalle -
Berlin / Migame
- Paris
/
Galerie Aleph -
Paris
1981 Palacio Vélasquez
- Madrid
/
Palais de Beaulieu -
Lausanne
Musée
d'Art
Contemporain
-
Fontainebleau
/ Musée Mercal El
Born
-
Barcelone
Musée de la
Poste -
Paris/
Musée
de
Quimper/ Science Muséum
- Londres Centre Mosciki d'Art
Contemporain -
Bruxelles / Centre David Mordoch - Perpignan
Banco de
Bilbao
- Perpignan
/
Galerie
Saphir
-
Paris / Sélect
Gallery
- Le Havre
Galerie
Arco
-
Deauville
/
Galerie
Camion -
Paris
/
Château Montbousquet
- Saint
Emilion Galerie
Guigné -
Paris
1982 Techniska
Museet -Stockolm
/
Musée Charlottenborg - Copenhague /
Palais
de Chaillot
- Paris
Galerie
Le Parvis
Saint
-Merri - Paris
/ Galerie
Saphir
-
Paris
Galerie
Art France - San
Francisco
/ Moss
Gallery
-
San
Francisco
Centre Mosciki
d'Art Contemporain - Bruxelles/ Sélect
Gallery
--Le Havre
Galerie Bernheim - Guiot -
Paris / Musée
d'Art
Contemporain -
Fontainebleau
1983 Centre
Georges
Pompidou - Paris / Musée
d'Art
Contemporain -
Fontainebleau
Musée
d'Art
Juif
- Paris /
Galerie
Art France
- San
Francisco
/
Galerie
Carlier
- Le Touquet
Galerie Schèmes"-
Lille
/
Galerie
du Vieux
Moulin
- Rouen
/
Galerie
Gautier
-
Epernay
Galerie La Parvis Saint-Merri - Paris
1984
Galerie
La Parvis
Saint-Merri -
Paris
/
Galerie
Schèmes -
Lille
/
Galerie
Carlier
Le
Touquet /
Galerie
La Chèvre
d'Or
-
Saint
Paul de
Vence
1985
Musée
d'Art
Contemporain
-
Fontainebleau
/
Vorpal
Gallery
- San
Francisco
Galerie La Chèvre
d'Or
-
Saint
Paul de Vence
/
Galerie
La Parvis
Saint
-Merri
-
Paris
1986
Galerie
Aktuaryus - Strasbourg /
Galerie
la
Chèvre
d'Or
-
Saint
Paul de Vence
Galerie
La Parvis Saint-Merri - Paris
/
Galerie de
l'Union des Banques à Paris -
Paris
1987 Galerie
Schèmes -
Lille
/
Galerie
A.
A.
-
Paris
/
CCIBB
- Boulogne
Espace Bonnefoy - Toulouse
/ Espace
Niemeyer - Le Havre
1988 Goldman Art
Gallery
- Washington
/ Musée
d'Art Contemporain - Fontainebleau
Galerie du
Vieux
Lyon -
Lyon /
Galerie
Primo Diffusion
International
- Perpignan Galerie
l'Entrée
des
Artistes-
Barbizon
1989 Magnes Muséum - Berkeley/ Musée de
Saint Paul de
Vence/
Fondation
Pierre de Monaco
-Monaco/
International
Art Forum - Barcelone/ Amdur
Galleries
-
Miami Beach
Moss
Gallery
- San
Francisco
/
Claire
Daste Art
Collection - Boston
Galerie
Mayanot -
Jérusalem
/
Galerie
La Chèvre
d'Or
-
Saint
Paul de Vence
Galerie
d'Art de
la Place
Beauvau - Paris
/
Galerie
l'Entrée des Artistes- Barbizon
Galerie
Bagheera
-
Saint
Tropez /
Galerie
A.
A.-
Paris/
Galerie Patricia
Personne
- Angers
Galerie
Aktuaryus - Strasbourg
1990 Art Expo
-
New
-
York / Musée
d'Art
Juif
-
Paris
/
Foire
Internationale
Linéart
- Cent
Salle
du Théâtre -
Fontainebleau
/
Galerie
Nettis
- Le
Touquet/ Galerie
Aletheia
-
Lille
Galerie
L. Tarbes /
Galerie
Val -
Béthune /
Galerie
Hénot - Enghien
Galerie
l'Entrée
des Artistes -
Barbizon
/
Galerie
du Vieux Lyon
-
Lyon
1991 Galerie Fardel - Amiens /
Galerie
Patricia Personne - Angers /
Galerie
d'Art de la Place Beauvau -
Paris /
Galerie
Meyer -
Paris /
Palais de
l'Europe -
Le
Touquet Fondation
Dosne Thiers - Paris / Manège Royal
-
Saint
Germain en Laye Espace
des
Victoires -
Paris /
Galerie Aletheia
- Lille
/
Galerie Nettis -
Le Touquet
Salle
de
l'Union
des
Artistes
-
Leningrad/
Musée Tretiakov
d'Art
Contemporain - Moscou
1992 Europart
- Genève
/
Musée des Capucins -
Coulommiers
/
Galerie
Mann -
Paris Galerie l'Entrée des Artistes
-
Barbizon/ Galerie Hénot -
Enghien Galerie d'Art
de la Place Beauvau
-
Paris
/
Invité
d'Honneur
du Salon de Mantes-la-jolie
Galerie
l'Instant
Critique
-
Perpignan
/
Galerie Catherine
Guérard -
Paris
ENSICA
-
Toulouse
/ Galerie
Verdaine
-
Genève
/
Galerie Aletheia
-
Lille
Galerie
Aktuaryus -
Strasbourg/
Musée
d'Art
Contemporain
-
Fontainebleau
1993 Hoffberger Gallery
-
Baltimore /
Galerie Mann
- Paris
/
Espace Saint
Jean
- Melun
Centre
Garibaldi
-
Saint
Maur/ Galerie Catherine Guérard - Paris
/
Tischler
Hall
-
Londres
Galerie
Fardel
-
Amiens
/
Galerie
Matisse
-
Seclin
/
Galerie
Nettis
-
Le Touquet
Galerie
Aletheia
-
Lille/
Galerie
Start
-
Bordeaux
1994
Galerie
Mann
-
Paris
/
Galerie
Catherine
Guérard
-
Paris
/
Galerie Mayanot
-
Jérusalem
Galerie
l'Entrée
des
Artistes
-
Barbizon
/
Galerie
de
Nesle
-
Paris
/
Galerie Aletheia
-
Lille
Galerie
Hénot -
Enghien /
Musée d'Art Contemporain
-
Fontainebleau
1995
Galerie
Mann
-
Paris
/
Centre Européen d'Art
-
Paris
/
Galerie
Verdaine - Genève Galerie
Epreuve d'Artiste -
Saint Maur/ Galerie Diasporama - Paris
Galerie Catherine Guérard
-
Paris
/
Galerie
l'Entrée
des Artistes
-
Barbizon
1996
Musée de
l'Académie des Beaux Arts de
Chine
-
Pékin
/
Musée de
Shengzen
- Shengzen
Musée des
Cordeliers
-
Châteauroux
/
Galerie
Mann
-
Paris
/
Galerie
Saint Rémy
-
Meaux
Galerie Aktuaryus -
Strasbourg/
Galerie
Catherine
Guérard
-
Paris/
Galerie
Fardel
-
Annecy
Galerie
du Vieux Lyon
-
Lyon
/
Galerie
Alain de Rothschild - Paris
Galerie
Mayanot
-
Jérusalem
1997 Musée
d'Art Contemporain
-
Santiago du Chili
/ Musée
de Shandong -
Shandong Galerie
Océane -
Saint Denis de la Réunion /
Centrum Zydowskiej
-
Cracovie Galerie
Christian
Meyer
-
Abidjan
/
Galerie
Mann
-
Paris
i Galerie de Arte
Plastica
Nueva
-
Santiago
du
Chili
/
Galerie
Tamenaga - Osaka
1998
Galerie
Christian Meyer
-
Abidjan
/
Galerie
Aktuaryus
-
Foire de Strasbourg-
Galerie
Dima
-
Paris
/
Galerie
Krief
-
Jérusalem
/
Galerie Isabel Aninat
-
Santiago du
Chili
Galerie du Vieux Lyon
-
Lyon
1999 Galerie art témoin- Bruxelles
/
Maïmonides Research Institute
-
New York Galerie
Christian Meyer
-
Saint-Denis
de
la Réunion
/
Foire Art Paris
- Paris
Galerie
art témoin
-
Paris
/
Galerie Chabanian
-
Megève
/
Galerie
Christian
Meyer
-
Abidjan
Galerie
Krief
-
Jérusalem
/
Foire
Internationale
Linéart
- Cent /
Centre
Fleg -
Marseille Centre
Communautaire
-
Montpellier/
Galerie Chabanian -
Saint
Paul de
Vence
Galerie
Dima
-
Paris
2000
International
Art Expo
-
New-York
/
Galerie
Art Tempo
-
Nouméa / Galerie Hénot- Enghien les Bains
Foire de Strasbourg
-
Strasbourg/ Galerie Christian Meyer
- Saint-Denis de la Réunion
. Centre Grumbach - Nimes
/
Galerie
Bolognini
-
Thionville
/
Galerie
du Vieux Lyon
-
Lyon
Galerie
Artemim
-
Paris
/
Galerie
Dima - Paris
/
Galerie Krief
-
Jérusalem
Opéra Gallery
-
Singapour/ Musée Marquelet -
Meaux/ Musée des Capucins
-
Coulommiers Opéra Gallery -
New-York
/ Galerie art témoin
- Paris
SALON
PRINCIPAUX AYANT
EXPOSE
LES TOILES
D'ALAIN
KLEINMANN
Salon de Montrouge
/
Grands et
Jeunes
d'Aujourd'hui /
Figuration
Critique
Salon des Indépendants
/
Salon des Surindépendants
/
Salon International de l'Affiche
Biennale des Beaux Arts
/ Salon
du Dessin et de la Peinture à l'Eau
/
Salon d'Automne
Salon des Artistes Français
/ Salon
des peintres du Xe"*
Salon des Peintres de la Tradition Française/
Salon de Dammarie les Lys
Salon de
Villeparisis/
Salon de
Clermont/
Salon
National
des Beaux Arts
DECORS DE THEATRE
1984 théâtre la bruyère
: « II pleut sur le bitume »
1987
maison des arts de CRÉTEIL
: «
Mémoire Golem »
.
LIVRES
AYANT
POUR
COUVERTURE DES TOILES
D'ALAIN
KLEINMANN
«
Quatre
jours
en Novembre » de
Pierre Daix
chez Belfond
« Maîca »
de Gilberte Dijan chez Anne Carrière
éditeur
« Autobiographie de mon père » de Pierre
Pachet chez Autrement
«
Histoire
de Lisa » de Tom Pauka chez Michel
de Maule
«
Judaïsme »de Martin
Buber chez Verdier
«
Choisir
la vie » de Dominique Rueff chez le
Hameau éditeur
« La Moureuse
»
de
Michèle
Ramond chez le Hameau
éditeur
«
Ce que le corps
révèle »
de Ron Kurtz
chez le Hameau
éditeur
«
Etre
Bègue
»
de M. C. Pfauwadel
chez le Hameau - Retz • -
«
Lazgôrbe » de Eszter
Forrai chez Herp
« Comment
se
soigner par les
plantes
» de H. Errera
chez
Le Hameau éditeur
« A quoi rêvent les années 90
» de
Pascale Weil chez Points-Seuil
« Faites
vous même votre bonheur » de T. Depré chez Le Hameau éditeur
« Visages de l'Ecriture » de Claudine Helft
chez Le Hameau éditeur
«
Breaking Crystal
»
Dr Feinstein chez University of
Illinois
Press
« Plus
tard peut-être »
de Yves Frontenac chez Connaissance des
Hommes
«
Le rêve traversé
»
de
Eliezer
Ben Yehuda chez Desclée de Brouwer
« Un
siècle d'avocats » de E. S.
Korchia chez Tirésias
« Individuel lament and tribal Eternity
»
de Yigal Schwartz chez Magnespress
Illustration de la
«
Haggadah de Pessah »
chez Éditions A. M. I.
De nombreuses
illustrations
d'Alain
Kleinmann, ont également paru dans
la presse (Le Monde, Le Monde diplomatique, Arts, Lire, Le
Refractaire, Cinéma des Evénements, Tel, et autres titres)
PRIX ET
DISTINCTIONS
Médaille d'Or de
l'Académie Européenne des Beaux-Arts/ Prix de la Fondation Piobetta
Grand
Prix
de la Ville de Montmorency
/
Prix
Neuman du Musée d'Art
Juif
de Paris
Prix de peinture Wizo 82
/
Prix de peinture Wizo
83 / Grand Prix du Café de la Paix
Prix
de Barbizon
/
Arche
d'Or
- peinture
/
Prix du Centre
Communautaire de Paris
Grand Prix de la Ville
d'Ernée/ Prix du Maire du
Xèrne/
Prix Michel
Platini
Médaille
d'Argent de la
Ville
de
Paris/
Médaille de
Bilan
de
l'Art
Contemporain
Médaille de la Ville de Montmorency
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